Marins pêcheurs. Le gazole plombe les comptes

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  • 2 mars 2011

Article paru en 2008 dans la Tribune, mais qui reste d’actualité avec un prix du gazole-pêche qui tourne autour de 63 centimes le litre.

La colère gronde dans les ports français en écho à  l’augmentation du prix du gazole. Une vingtaine de ports sont aujourd’hui bloqués par les marins-pêcheurs pour manifester leurs inquiétudes face à  la flambée du prix du gazole pêche: + 50% six mois, +70% sur un an. Ils le paient aujourd’hui environ 75 centimes le litre alors que les économistes estime que la rentabilité des bateaux n’est possible qu’autour de 35 centimes le litre. Les premiers concernés sont les chalutiers alors que les navires côtiers, moins gourmands en carburant et valorisant mieux leur pêche, s’en sortent économiquement mieux.

Le carburant revêt une grande importance pour les navires car son prix représente l’essentiel des charges variables qui plus est incompressibles. «  Le gazole c’est 50% de mon chiffre d’affaires. Ce poste a doublé par rapport à  l’an dernier. Quelle entreprise peut subir une telle augmentation sans dégâts? », indique Jean Porcher, armateur de treize chalutiers dans les Côtes-d’Armor et employeur d’une centaine de marins. Par semaine, la flottille perd plus de 80.000 euros. Autant laisser les bateaux au port ». Cette crise touche les armateurs mais aussi les marins. Ceux-ci sont en effet payés à  la part. Le produit de la pêche est réparti entre le propriétaire du navire et les marins qui partagent les recettes mais aussi les charges. Dans les années fastes, l’argent coule à  flots. Dans les périodes de crises, la variable d’ajustement, c’est le salaire, revu en fonction des recettes de chaque marée. Pour ces hommes à  la peau dure et au caractère bien trempé, cela sonne comme une désillusion. Certains ont même reçu des feuilles de paie négative. D’où leur révolte. «  J’espère que mes enfants feront un autre métier que le mien », dit un marin rencontré sur le port du Guilvinec, là  pourtant où l’on est pêcheur de père en fils.

Le monde de la pêche n’en est pas à  sa première crise. Faute d’avoir su ou pu diminuer sa dépendance à  l’égard du pétrole. De meilleures pratiques voient cependant le jour: optimisation des trajets, utilisation de voiles sur les navires de pêche en plus du moteur, nouveaux filets moins gourmands en énergie, valorisation de la pêche par la labellisation.. Ces évolutions prennent du temps. Un temps dont ne dispose pas la filière française. La marge manœuvre des pouvoirs publics pour désarmorcer cette colère est faible. Le gazole pêche est déjà  exempté de taxes, une mesure qui représente un manque à  gagner de l’ordre de 250 millions d’euros par an pour l’Etat, et l’Union européenne interdit le subventionnement direct du pétrole. La réponse pourrait venir du marché via une augmentation des prix du poisson sur les étals. Las, le poisson «  français » est déjà  battu en brèche par les produits d’importation qui représentent 85% de la consommation nationale. En augmenter le prix, pour répercuter le prix du gazole, c’est l’exposer à  la désaffection des consommateurs.

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