Dans la tête d’Irène Frain

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  • 9 janvier 2011

Article paru dans l’Express.

Ancienne professeur de Lettres, Irène Frain connaît en tant que romancière un succès public jamais démenti depuis la publication de son premier roman, Nabab, en 1982. Citoyenne engagée, elle participe à  la défense de l’enfance tibétaine, est membre fondatrice du Women’s Forum, sorte de lobby international des femmes, et participe à  la promotion du bon chocolat, au sein du club des croqueurs de chocolat.

Sa dernière histoire, les Naufragés de l’île Tromelin, vient de sortir en poche, et elle prépare déjà  son prochain opus dont le thème, à  la demande de son éditeur, doit rester secret jusqu’à  la parution.

Pour vous qu’est-ce que représente la Bretagne?

La Bretagne est plus qu’un pays, c’est une façon d’être au monde. Une manière de voir, sentir, être joyeux, souffrir, goûter la vie, écrire. Indissociable de l’être. Je suis née avec, je mourrai avec. Et c’est bien sûr la mer. Où que je sois dans le monde, j’essaie de trouver la mer et je pense alors à  la Bretagne. Je l’ai même trouvée à  5.000 m au fin fond du Tibet, car c’était naguère un vaste océan. On y trouve des fossiles de poissons et quantité de coraux…


La rencontre qui vous a le plus marquée?

En Bretagne, celle de Xavier Grall, au soir de sa vie. Un être littéralement hanté par la poésie et l’amour de la littérature. Puis, sur les routes de l’Inde, celle de Jetsun Pema, la sœur du Dalaï-Lama, qui a organisé le système d’éducation des Tibétains en exil. Le bouddhisme dans la vie tous les jours…Je ne suis pas dans la religion, mais le rayonnement extraordinaire de cette femme et sa personnalité, à  la fois pragmatique et spiritualiste, m’ont beaucoup marquée.


Votre plus mauvaise habitude?


Oublier de refermer mes tubes de dentifrice ! Dans les valises, ça occasionne parfois des catastrophes…


Vos bonnes adresses gastronomiques en Bretagne?

Crêperie des Etangs, Poullendu Calan 56

Les Mouettes à  Larmor-Plage 56

Le Jardin Gourmand 46 rue Jules Simon Lorient 56

Un monument à  visiter?

Le Musée de la Compagnie des Indes à  Port-Louis, Morbihan.


Votre plus beau voyage?


L’Ile Tromelin, un îlot d’ 1km2 au cœur de l’Océan Indien, où 60 esclaves furent abandonnés pendant 15 ans à  la suite d’un naufrage. Un lieu prodigieux, tragique, hostile et fascinant, dont le nom est lié à  un navigateur finistérien. J’ai raconté cette histoire dans mon dernier roman, et cette île en est le personnage central. J’ai rencontré des gens qui y avaient passé seulement quelques heures et en avaient été marqués à  vie. Il y a aussi des gens qui y ont séjourné plus longtemps et qui deviennent fous, à  force de fascination pour cette île. Ils délirent, s’en croient propriétaires…

Beatles ou Rolling Stones?

Beatles.


Le livre qui vous a le plus marqué?

Les lectures d’enfance et d’adolescence sont toujours les plus fortes. Donc Alice au Pays des Merveilles. Mais aussi L’Odyssée (toujours la mer…) Cela dit, tous les grands livres me marquent. Impossible de m’en séparer. Donc si vous voyiez l’état de mon appartement… on marche dessus.


Quel personnage historique auriez-vous aimé être?

Je ne me suis jamais projetée dans d’autres vies…Et quand je lis des biographies de gens célèbres, je me bénis d’avoir une vie plus sereine ! Je me contente d’admirer. Des femmes, le plus souvent, car la vie est toujours si dure pour elles! Donc Cléopâtre, Anne de Bretagne, par exemple.


Que faire pour le Tibet?

Dans l’immédiat, envoyez des dons pour les victimes du tremblement de terre en Amdo. Les souffrances sont terribles et les besoins colossaux. Ou alors faites des dons à  l’Aide à  l’Enfance Tibétaine, 4 passage Lisa, Paris 11. Vous donnerez une éducation à  des orphelins exilés qui vivent en Inde dans des conditions difficiles.


Le défaut pour lequel vous avez le plus d’indulgence?

La passion amoureuse.


Et la qualité que vous admirez le plus?

Le courage.


Qui aimeriez-vous avoir à  votre table pour un déjeuner?

Je ne suis pas fascinée par les célébrités. Mais avec Obama, j’accours ! Pour le questionner, entre autres, sur sa fascination pour Gandhi et l’application qu’il en fait dans ses choix politiques.


Une destination pour vos prochaines vacances?

Une maison secrète où je vais me replier pour écrire. Car cet été, pas de vacances. Et comme je ne veux pas être dérangée, je ne dirai pas où… même si c’est en Bretagne!


Votre cru de Cacao préféré?

Trinidad.

Une femme moderne?


Une infirmière anonyme qui se dévoue au quotidien dans un hôpital pour soulager les souffrances des malades et des mourants; puis qui rentre chez elle où elle recommence une seconde journée avec son mari et ses enfants…


Votre poème préféré?


Un poème d’un poète-routard chinois du 8ème siècle que j’ai reproduit à  la fin de mon roman œ Au Royaume des Femmes  : œ
On me demande souvent pourquoi j’habite la Montagne de jade/ Je ris alors sans répondre/ Le cœur naturellement en paix/ Les fleurs de pêcher s’éloignent ainsi au fil de l’eau/ Il est un autre ciel, une autre terre que parmi les hommes ».


Votre chanteur/chanteuse favori?


J’adore depuis toujours Alan Stivell. Mais je prends aussi Alain Souchon !


Le don de la nature que vous auriez aimé avoir?

L’adresse manuelle, la peinture, la danse, la musique.

Le meilleur moment pour écrire dans une journée?

Pour moi, c’est tôt le matin, vers 4, 5 heures et ça peut durer des heures et des heures… Je me retrouve souvent en pyjama à  deux heures de l’après- midi. Je suis passée dans un autre monde, et je n’ai pas vu l’heure tourner…

Faut-il préférer les remords aux regrets ou l’inverse?

Dans la vie, c’est comme dans la jungle : si on regarde trop souvent en arrière, on est mort. Donc les remords et les regrets… Pas trop ma tasse de thé!


Le thème de votre prochain livre?

Secret-défense, spécifié par le contrat qui me lie à  mon éditeur !*

Propos recueillis par Mikaà«l Cabon

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