Frangleterre. Une nouvelle nation voit le jour

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  • 11 novembre 2010

Pour célébrer le quarantième anniversaire de la mort de Charles De Gaulle, et parce que vous avez été gentils, j’ai le plaisir, et l’indicible palpitation, de vous proposer à  la lecture le premier chapitre du livre que j’écris en ce moment et qui s’intitule « Frangleterre ». C’est aussi une manière de célébrer le 300.000ème signe du bouquin écrit par mes petites mains ce jour-même, et me donner la persévérance nécessaire pour ceux qui attendent d’être frappés sur un clavier. Le pitch est le suivant. En 1940, alors que la défaite des armées françaises approche, l’Angleterre propose une alliance à  la France pour continuer le combat, une alliance politique et militaire. Ce livre raconte ce que le destin de ces deux grands pays devenus un seul aurait pu être à  travers la revisite de l’histoire de ces 70 dernières années. Avec 300.000 signes, c’est l’équivalent d’un livre de 200 pages, je n’en suis encore qu’en juillet 1940. Et s’il est un éditeur ici que ce projet de livre intéresse, je suis ouvert à  la discussion, en franglais, of course.

Franceangleterre

Nota. Ce roman est une œuvre de fiction. Celle-ci prend appui sur des faits historiques avérés pour construire une histoire inventée. Le lecteur féru d’Histoire séparera le faux du vrai. Dans le doute, il laissera au roman le pouvoir d’imaginer, et à  l’Histoire le pouvoir de décrire.

Les propos tenus par les personnages sont, sauf mention contraire, issus de l’imagination de l’auteur. Ils ne sauraient constituer le reflet des conversations engagées lors de cette période.

Il y a un parti pris dans ce livre. Il est le suivant: Quand il s’agit de la France, la dignité vaut toujours mieux que la servitude, quand il s’agit d’une femme, cela dépend de sa beauté.

Sur le tarmac de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, un avion deux hélices hoquète en touchant la piste. Frappé de l’étendard de la RAF (royal air force), il accueille à  l’arrière de l’appareil un grand échalas dégingandé qui n’a pas desserré les mâchoires de tout le voyage et dont deux étoiles égaient l’uniforme. Dans ses mains, une lettre cachetée qui pour n’être d’apparence banale pourrait basculer le sens de l’histoire.

L’avion s’arrête. Deux voitures s’approchent et emportent avec elles cet imposant personnage suivi d’un homme plus petit perdu dans un uniforme de Marine deux tailles trop petites. Elles repartent immédiatement, sans brusquerie, direction l’hôtel de la préfecture où siège, provisoirement, le gouvernement français. En pleine déshérence, depuis que les forces allemandes enfoncent les lignes de résistance française de l’Est, il s’est installé à  Bordeaux, après avoir hésité à  se rendre à  Quimper. Dans ce grand établissement qui accueille ce qui reste de la République, l’ambiance est délétère. Dans la fumée des cigares, chacun discourt sur la conduite à  tenir, interpelle son voisin, s’agace de l’absence de l’un, ou de la présence de l’autre. On se croirait dans une cour de récréation où caquèteraient des enfants désœuvrés. Assis à  son bureau, Paul Reynaud observe ces scènes surréalistes. Le matin, l’un de ces hommes est venu lui demander une promotion, il voulait être ministre d’à‰tat, et pas ministre tout court.

  • Et pourquoi pas ministre tout court, Monsieur?

  • Parce que, voyons, les mérites que

Reynaud ne lui avait pas laissé le temps de terminer sa phrase.

  • Tout court, c’est pourtant ce que vous êtes. Je veux votre démission sur mon bureau pour l’heure du déjeuner.

Alors, maintenant il scrute, pour deviner ce qu’ont en tête ces politiciens qu’il connaît trop bien pour appartenir au sérail depuis des années. Que ne ferait-il pas pour être loin d’ici? Il a tant donné déjà . Président du conseil, ministre des affaires étrangères et de la défense à  la fois, en pleine bataille de France. Il aspirait à  servir, pas à  être usé. C’est pourtant avec lassitude qu’il se lève quand on lui annonce l’arrivée du général de Gaulle, son sous-secrétaire d’à‰tat à  la guerre, qui revient d’Angleterre, avec une nouvelle de la première importance. En tout cas, c’est ce que Jean Monnet, le diplomate français en charge des relations avec les britanniques lui a dit tout à  l’heure au téléphone, avant que la ligne ne soit une nouvelle fois coupée le laissant discourir dans le vide pendant quelques minutes avant de s’apercevoir que son correspondant n’était plus en ligne. Fichue technique. De son bureau dont les fenêtres ouvrent sur le parc, Reynaud entend puis voit s’approcher la traction qui transporte le général. Un sacré personnage que celui-là  pense Reynaud. Il se dégage de lui une aura particulière. Ce n’est pas du charme, Reynaud est plus sensible à  celui des femmes, mais peut-être bien du charisme. Il n’est pas courant qu’un chef ait envie de suivre l’un de ses subordonnés. Cela témoigne bien de l’état du pays. Plus personne ne sait suivre qui et des contre-ordres suivent des ordres et parviennent parfois aux soldats avant les seconds. Bref, c’est une débâcle en ordre dispersé qui saisit la France d’effroi tant l’idée de la défaite semblait éloignée du champ des possibles.

Quand quelques semaines plutôt il a nommé De Gaulle sous-secrétaire d’à‰tat à  la guerre. Alors qu’il le félicitait pour sa nomination, le nouveau ministre lui avait rétorqué qu’il ne faudrait le féliciter que «  quand la France aura gagné la guerre ». C’est peut-être le seul qui y croit encore. Chez les autres, ceux qui couchent dans des draps propres et repassés, mangent avec des couverts en argent et ripaillent toutes dents dehors, quand des millions de français fuient l’avancée allemande et souffrent des stukas qui piquent sur eux en rase-mottes, l’état d’esprit est à  la défaite. Le teint bronzé, il vient de rentrer de Madrid où il était ambassadeur, Philippe Pétain parle même d’armistice. Il aurait quelques soutiens au sein du Conseil.

De Gaulle sort de la voiture, droit comme un piquet. Cet homme doit dormir au garde-à  vous, pense Reynaud. Le gravier crisse. Il aperçoit la longue enveloppe marron que tient le général dans sa main gauche, ce qui lui laisse la droite pour saluer les quelques officiers qui fument une cigarette sur les escaliers. Dans les couloirs, ses pas résonnent. Ils tapent de plus en plus fort sur le marbre. Il se rapproche. Un huissier l’annonce. Le voilà  qui rentre. Sur son visage, un sourire. Dans sa bouche, un espoir.

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Commentaires

  1. […] 28 juillet 2011 · Pas de commentaire – Tweet ShareVoyager avec des enfants, cela peut être la galère… ou pas. L’équilibre est parfois difficile à  trouver quand on se retrouve 24h/24 à  quelques mètres les uns des autres, ou bien cela peut être une expérience agréable comme ce fut le cas à  Venise par exemple. Dans une ville comme Londres, il est peut-être plus facile à  trouver tant que les activités sont nombreuses. En voici un bref aperçu en quelques textes et quelques illustrations. Cela donnerait presque envie de devenir franglais, mais c’est une autre histoire. […]

  2. […] une quinzaine, j’ai reçu quatre exemplaires version 1.0 de Frangleterre (Lire ici le premier chapitre) pour les proposer à  la relecture à  des lecteurs amicaux. Plusieurs de ces relectures sont encore […]

  3. mcabon dit :

    Merci de votre commentaire AvelMor. La suite avance. J’en suis à  trente chapitres. Courage et longueur de temps font plus que force ni que rage.

  4. AvelMor dit :

    Cette introduction m’a mis en appétit et j’espère bien pouvoir un jour lire la suite… Très bonne idée… Je me suis pris à  imaginer ce qu’aurait pu donner cette alliance France-Angleterre: la Frangleterre face à  la décolonisation, la Frangleterre, membre-fondateur de la Communauté Européenne, … Courage pour la suite!