Poèmes ordinaires. Ode à  la chaussette

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  • 7 octobre 2010

Créer suppose de sortir des sentiers battus. Ici, vous pourrez lire l’histoire de la mort d’une gomme. Mais avec cet hymne à  la chaussette, qui peut aussi se chanter sous la douche les matins froids de l’hiver, c’est un grand coup que je porte à  l’immensité des sentiments poétiques pour conter l’histoire d’un objet banal des vies bancales et bacchanales.

Si vous vous en sentez la force, choisissez un objet ordinaire et dites-lui votre amour, votre haine, vos sentiments. Le plus beau de ces poèmes ordinaires recevra un recueil de poèmes de mon choix. A vos plumes, vos silex et vos papyrus, demain n’attend jamais.

Bien cachée sous le pli d’un pantalon

Ou bien, pour les cleptomanes, sous un veston

Tu vis une vie anonyme

Derrière ton nom commun comme patronyme

Chaussette

Caméléon, tu prends souvent la couleur des chaussures

Farfelue, souvent on te perd, c’est une chose sûre

Comment fais-tu pour prendre la poudre d’escampette

Dès que l’on te met dans la machine à  laver

Petite chaussette


Issue d’une FIV (1), tu ne connais pas ton père

Qu’à  cela ne tienne, tu trouves ton réconfort dans la paire

Mais quand ton chemin devient solitaire

Alors, comme l’homme, tu désespères

Tu recherches, tu halètes, mais où est donc ma partenaire ?

Sur le marché des chaussettes solos

Tu te pares de tes plus beaux atours

Exhibes tes coutures

Ton fil écossais fait de l’effet


Un soir d’hiver, ta quête parvient à  te satisfaire

Le grand sac bleu où tu avais trouvé refuge

Est comme gagné par le vermifuge

Il tressaute

Bouge

Tes compagnons tombent comme des mouches

On se croirait en Normandie en juin 44

Mais toi tu es un 43

Du moins, c’est ce que tu crois

Tes compères s’affalent sur le carrelage du salon

Des mains trifouillent et te chatouillent

Et te remettent à  l’endroit, habiles

Enfin, s’approche la demoiselle de déraison

Pamoison

Elle est blanche, tu es noire

Qu’importe l’irrésolution, Narcisse et l’abstraction

Bigarrées, antinomiques et contraires

Colorées, illogiques et complémentaires

A l’originalité tu te désaltères

La bosse du pied te transforme en dromadaire

Toute ta vie, tu chemines, les pieds tu embrasses

et puis à  la fin, tu trépasses


Mais avant la vie se manifeste et t’offre l’utilité d’un rôle

Plutôt que la célébrité de la cravate, inutile mais de haut vol

Tout l’hiver tu protèges, réchauffes et obtempères

Le climat tropical t’offre parfois peaux calées et champignons

Quand tu rêves de royaux pâtés et de Château Girond

Le matin pour te nourrir

et te sentir bien dans le cuir

A l’huile de ricin tu préfères

Un peu de jus de cafetière

La nature fait bien les choses

Tu n’as pas de nez

Pour sentir l’âcreté

Qui fait ton ordinaire

Alors tu te poses

Et laisses parler l’IMAGIN’Air.

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Commentaires

  1. Maud dit :

    Personne n’ose défier le maitre es ode à  la chaussette. Je ne puis les louer, elles qui disparaissent mystérieusement à  chaque lessive… Mais elles sont le réconfort de nos petits petons gelés dés l’hiver arrivé… Donc merci pour elles !
    L’ode au téléphone, fil à  la patte moderne, serait de trop. Je ne me risquerai pas sur ce terrain car d’aucuns connaissent mon amour immodéré du boitier à  clavier ;o)

  2. arab dit :

    Ok et merci.

  3. mcabon dit :

    Bonjour Khira
    merci et ok pour moi, plutôt sous forme d’extrait le début par exemple avec un lien vers ce site. Bon week-end.

  4. arab dit :

    Bonjour, je me permets de vous demander l’autorisation de publier ce poème dans mon blog.J’ai une affection particulière à  la chaussette mais je n’ai jamais pensé qu’on pourrait écrire tant de belles choses sur elle.Bien à  vous.