Figure politique de premier plan de Brest, Georges Lombard est mort.

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  • 13 septembre 2010

GLombard

L’ancien maire de Brest président-fondateur de la Communauté Urbaine de Brest (aujourd’hui Brest Métropole Océane “ BMO) est mort ce 13 septembre à  Brest. Cet homme charismatique, plein d’allant, d’imagination et possédant une vision sans égale, aura marqué sa ville. Dans un livre progammatique, il traçait les défis qui attendaient Brest en 1976. Ce livre est encore, hélas, d’une grande actualité. Désenclavement, culture de l’innovation, priorité à  l’éducation, union sacrée pour défendre les intérêts de ce territoire, Georges Lombard dessinait à  grands traits à  la fois les raisons qui l’avaient poussé à  entrer en politique mais également tout le chemin qui restait à  parcourir. A l’occasion d’un dossier spécial du mensuel Un Autre Finistère, je l’avais rencontré chez lui pour cet-article souvenir d’un homme qui, à  défaut d’être un modèle, est pour moi une profonde source d’inspiration. Voici le papier en question (sans modifications. Il date de février 2003)


La personnalité de Georges Lombard, son indépendance d’esprit et sa farouche volonté ont marqué toutes les personnes qui ont pu le côtoyer. En retrait de la vie publique, il revient à  77 ans, sur son parcours et sur l’évolution de Brest.

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de vous présenter à  des fonctions locales pour devenir député en 1958 et maire en 1959 ?

Je vais vous raconter une anecdote. Un jour, je rencontre le ministre des Armées de l’époque, et à  la fin de l’entretien, il me dit : «  Vous me permettez une question, Monsieur Lombard ? Pourquoi avez-vous voulu devenir maire de Brest ? ». Ce à  quoi je lui réponds : «  Je trouve normal de s’occuper de sa ville ». «  Mais il n’y a pas d’avenir pour Brest, pas d’arrivée d’industrie à  espérer. On n’aurait jamais dû construire cette ville, et garder les ruines pour en faire un musée ». «  J’essaierai de vous démontrer le contraire ». Cela commence comme cela un engagement politique. On aime une ville comme on aime une femme. J’ai connu ses souffrances, vécu sa destruction. Il était pour moi impensable de ne pas se mettre à  son service.

Comment s’est déroulé le début de votre mandature dans une ville en pleine reconstruction ?

Les premiers temps sont occupés à  analyser la situation. Quand je suis arrivé, 10.000 personnes vivaient dans des baraques, les effectifs de la Marine nationale, on le savait, ne seraient plus les mêmes qu’avant la guerre. Nous étions de plus mal desservis par les moyens de communication. Il fallait huit heures de train pour relier Brest à  Paris. Il n’y avait pas de lignes d’avions ni de voie express. Le port de commerce nécessitait des investissements importants. Nous manquions de moyens de formation, d’une université. Il fallait aussi donner à  Brest des équipements qui feraient d’elles une grande ville. Tout cela pour que la population vive dans les meilleures conditions possibles.

Rien de gagné d’avance…

Le pari était audacieux mais les risques maîtrisés. Au début, pour la ligne aérienne Brest-Paris, il nous fallait six voyageurs. Pour développer, il fallait libérer des terrains donc en acheter. Et puis se bagarrer avec Paris pour obtenir des choses et faire de Brest un point d’équilibre à  l’Ouest face à  Rennes, ce que nous avons fait avec le CELIB (Comité d’Etudes et de Liaison des Intérêts Bretons, fondé en 1951. NDLR). J’étais convaincu que nous pouvions y parvenir, c’est pourquoi j’ai fait le siège du commissaire général du plan de l’époque pour que nous étudions ensemble des projets de développement dans l’ouest de la Bretagne. Ainsi, nous avons invité les plus grands industriels du moment à  venir visiter Brest en mettant les petits plats dans les grands. Il faisait beau sur Brest ce jour-là . Nous tenions tous le même langage. Avec une main d’œuvre abondante, des jeunes gens bien formés, il fallait réussir à  monter une université. Les interlocuteurs rennais, à  ce sujet, ont été remarquables. D’origine finistérienne, leur désir était de pouvoir aider le département. Ils cherchaient des partenaires, et nous avons répondu présent. Ainsi a commencé l’histoire de l’université à  Brest, avec le collège littéraire universitaire et le collège scientifique. Au départ, nous avons passé une convention pour que la ville paie les professeurs. Pour l’implantation de l’ENIB, en se positionnant volontaire pour l’accueillir, en discutant avec les bons interlocuteurs, on y est parvenu. Vous savez ce que cela est devenu depuis…

C’est aussi l’émergence d’autres figures locales et le début d’un travail d’équipe…

Après qu’Alexis Gourvennec a pris la sous-préfecture de Morlaix, les ministres de l’époque cherchaient des choses à  donner à  la pointe Bretagne. Ils ont proposé la centrale de Brennilis et une école d’ingénieurs. Tout ceci m’a démontré qu’il y a un moment où l’aménagement du territoire est une épreuve de force. Habituellement, les demandes des finistériens constituaient une véritable litanie des saints avec au moins 100 demandes différentes. Le pouvoir en satisfaisait quelques unes parmi les moins importantes. Avec Alexis Gourvennec, et les autres, notre thèse a été de dire : «  Nous ne sommes pas là  pour quémander. Nous sommes capables de nous en sortir seuls à  condition que la nation joue son rôle. Cette alliance entre le monde paysan et nous-même a permis d’obtenir des équipements essentiels : les voies express, le port en eau profonde de Roscoff… Tout le monde jouait le même jeu ».

Créée par Colbert pour construire des forces navales au roi, Brest a trop longtemps été coupée de son arrière-pays. Se méfiant des Bretons, il envoie à  Brest des forçats, des étrangers. Je me rappelle cette phrase de Paul de Coucy : «  A la Trinité, j’entends le bruit des sabots sur les pavés de Brest. Nous quittons la Bretagne pour entrer en France ».


Vous êtes aussi à  l’origine de la création de la Communauté urbaine de Brest (CUB).

Si le développement démographique et industriel prévu à  l’époque devait se faire sur Brest, cela aurait occasionné des problèmes difficiles à  résoudre, notamment sur le plan de l’urbanisme. La première raison de la création de la CUB était donc d’associer les communes limitrophes à  l’avenir de Brest pour qu’il y ait une seule politique de développement et pas huit. La CUB a permis de développer considérablement des zones comme Plouzané, le Relecq-Kerhuon, Gouesnou… Les craintes que pouvaient avoir ces communes à  l’époque portaient sur le fait que Brest les agglomère pour en faire des quartiers de la ville. Pour éviter cet écueil, je quitte alors le poste de maire de Brest pour prendre la présidence de la CUB. Politiquement cela a été une erreur. Une fois remplacé, on ne vous rend pas votre poste. Mais, de fait, Brest est devenue une agglomération importante.

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Quelle est, selon vous, l’âme de Brest ?

J’aime tout dans Brest et surtout l’âme des Brestois eux-mêmes. Ils apparaissent souvent comme étant d’une certaine froideur, mais quand on se connaît, l’amitié c’est du solide, à  la différence des méridionaux. Peut-être que le Brestois est devenu Breton. Il faut cependant se méfier des baronnies et des guerres des chefs.

Quels sont les défis actuels que doit relever la ville ?

On ne réécrit jamais l’histoire. La Bretagne face à  l’Europe me semble être LA question. Comment faire pour être dans l’Europe ? Nous avons la chance d’habiter une magnifique région avec un art de vivre particulier. Ce sont des atouts à  préserver et à  développer. Nos équipements de formation et de recherche peuvent y contribuer. Tradition et culture me semblent être des maîtres mots pour que Brest soit dans l’Europe. Mais ce n’est pas suffisant. C’est une base de développement mais nous devons travailler à  constituer des pôles puissants autour de thématiques précises.


Depuis votre retrait, ou votre retraite, de la vie politique, vous restez très discret. Par choix ?

Je n’ai aucune raison de gêner les élus, de droit ou de gauche. Il vaut mieux que je me taise. Cependant, être en retrait ne m’empêche pas de regarder.

D’où vient cet attachement presque viscéral à  votre indépendance de vue ?

Cette indépendance politique s’explique par le fait sur je votais pour ce que je croyais, je votais contre dans le cas contraire. Un député n’est pas là  pour suivre les mouvements de foule. C’est d’ailleurs tout le problème des lois aujourd’hui : sont-elles votées pour conforter les mœurs ou pour fixer les lignes à  suivre ? La famille et la religion qui étaient les bases de notre société ne le sont plus. Nous avons besoin de repères nouveaux.


Comment occupez-vous votre temps désormais?

Je lis beaucoup, j’écris beaucoup. Deux de mes romans ont été publiés. (Mireille Mure et La vie et l’encens, épuisés mais disponible en bibliothèque. NDLR). Je voyage, j’écoute de la musique, je vais au théâtre à  Paris. Mon agenda s’est vidé dès le jour où j’ai mis fin à  ma coupable industrie. «  Vous ne trouverez votre liberté que lorsque vous serez devenus anonyme », m’a-t-on dit un jour. Les fonctions de maire sont lourdes, astreignantes. Faire de la politique cela suppose de l’inconscience et de l’orgueil. Je souhaite à  Brest de trouver des hommes et femmes dotés de volonté pour faire bouger les choses, aller de l’avant, analyser, synthétiser, se projeter. C’est passionnant le service public. Cela vaut le coup.

Quel est le meilleur souvenir que vous conservez de ces années en politique ?

Il y a eu Charles de Gaulle. Un sacré type. Il émanait de lui une autorité, une aura. Il était d’une politesse raffinée, un homme très urbain. Il en est un autre de souvenir. C’était lors d’un dépôt de gerbe aux monuments aux morts. J’ai eu alors le sentiment d’être le maillon d’une longue chaîne de serviteurs pour cette ville, et j’ai senti en moi la volonté de pas être un maillon faible.


Propos recueillis par Mikaà«l Cabon

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Commentaires

  1. Nanou dit :

    A la lecture de cet article, je me retrouve en enfance ! Que de souvenirs associés à  Me Lombard, il a marqué l’histoire de la ville de Brest.