Retraite. La bérézina du sens collectif. RIP.

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  • 6 septembre 2010

Ce mardi, déambuleront dans les plus grandes villes de France, des cortèges décriant la réforme des retraites et appelant à  plus de justice. Les syndicats qui appellent à  ces rassemblements attendent deux millions de personnes. Le gouvernement en espère moins. Seules des pluies antédiluviennes, ce qui n’est pas à  exclure, pourraient empêcher ces manifestations d’être un succès, en terme de fréquentation.
Tous appellent à  plus de justice. «  C’est une réforme juste », diront les uns. «Il faut plus de justice », diront les autres. Justice, le mot n’est plus que rhétorique. En définitive, son synonyme est «  Mon intérêt ». Remplacez le premier par le second, et finalement tout s’éclaire. «  C’est une réforme dans mon intérêt », dit le gouvernement. «  Il faut plus de mon intérêt », la phrase est bancale d’un point de vue grammatical, mais on s’en fiche qui parle encore français de toutes façons. « Ici gît, le sens collectif, Requiescat in pace, C’était un père attentionné, toujours prêt à  rendre service, qui nous rendait meilleurs et donnait un sens à  notre vie. Mais il n’était pas toujours drôle et un peu procrastinateur. Il disait toujours : « n’oubliez pas demain ». Alors que nous on voulait tout aujourd’hui. Bien sûr, que c’est un peu long comme épitaphe mais faut dire aussi que l’on avait un gros sens collectif ».

Culpabilités partagées. Chaque partie concernée défend avec beaucoup d’acrimonie et d’aménité ses propres intérêts. Les syndicats,ceux des syndiqués qui constitueront demain encore la très large part des manifestants. Peut-on affirmer représenter les français quand seuls 8% d’entre eux sont syndiqués, et qu’est-ce qui ressort de bon quand la démocratie de la rue se substitue à  celle des sondages par téléphone ? Le gouvernement en fait une mesure symbole, destinée à  rassurer les marchés et à  préparer l’avenir. Et quand c’est Frédéric Lefebvre qui le dit, bizarrement, l’assertion perd de sa crédibilité. D’autant que le ministre qui défend la réforme est totalement hors du coup, empêtré dans des affaires de corruption dont on voit mal, hélas pour cette réforme, comment il pourrait s’en remettre. Dans l’arrière-cour, assureurs et banquiers, qui bien souvent sont les mêmes, attendent avec impatience que le détricotage du système par répartition l’assassine. Dès lors, il leur sera plus facile de placer leurs produits censés assurer «  la retraite éternelle ».
Dans l’affaire de la réforme des retraites, tout le monde parle de soi, «  MA retraite », «  MA pénibilité », «  MES amours », «  MES emmerdes », «  moi-je » comme nouvelle revendication. Et dès lors que «  MA » situation est plus pénible que celle des AUTRES, alors je demande à  faire exception, à  partir plus tôt, à  gagner plus d’argent, si possible sur le dos des AUTRES, sinon, c’est moins marrant. On pense MA mais on dit JUSTICE.
Justice, sait-on encore ce que le mot définit. Il est plus facile de dire ce que cela n’est pas : corruption, inégalités, privilèges, court-termisme, corporatisme, accentuation des puissants. Et vu comme cela, je ne vois pas très bien ce que ce débat sur les retraites apportent de justice en plus.
L’exemple qui illustre le mieux cela est celui de la pénibilité. En ouvrant la boîte de Pandore de la pénibilité, le gouvernement fait une erreur fondamentale. Car la plupart des personnes pense avoir un travail pénible. Je vous invite à  lire cet article d’Ouest-France sur un chantier de BTP qui illustre très bien l’état d’esprit actuel.

Cela semble poser plusieurs problèmes. Un, c’est reconnaître que la pénibilité va persister. Or le mieux est tout de même de la combattre, par des actions de prévention, par un changement de l’ergonomie du lieu de travail, par l’élimination de la souffrance inutile (En ce sens, je suis toujours surpris par la réaction face à  la disparition des caissières. Rares sont les personnes qui considèrent que cela est plutôt un avantage pour elles car elles ne souffriront plus des maladies associées à  leur métier). Deux, c’est considérer la pénibilité uniquement comme étant physique. Or, on l’a vu avec les suicides professionnels, la pénibilité peut aussi être psychique, morale, comme la mesure-t-on ? «  tu t’es suicidé, ton travail était donc pénible, tu auras donc le droit à  une retraite anticipée. Ah, ben, non, en fait parce que t’es mort ». Trois, la pénibilité c’est relatif. En tout cas, ce n’est pas absolu. Le gouvernement fait état de 20% d’invalidité définissant la pénibilité et le droit à  partir plus tôt. C’est peut-être le point que les parlementaires accepteront de négocier le plus facilement, ainsi que celui des polypensionnés, des femmes, des fonctionnaires, des travailleurs jeunes, et des régimes spéciaux. Donc, la pénibilité c’est relatif. Un peu comme la souffrance. Nous n’avons pas tous la même acceptabilité de cette souffrance liée au travail. Les marathoniens comprennent cela mieux que quiconque. Ils souffrent, parfois vomissent. Mais cela a un but, un sens. Ils doivent prévenir Athènes de la victoire contre les Perses.
Cette souffrance n’est pas inutile, me transcende et m’amène quelque part. Or, dans notre société actuelle, nous avons perdu le sens de cette souffrance. «  A quoi bon souffrir, si on ne sait pas à  quoi cela sert ? », demande le philosophe en recommandant un demi au bar lors de sa pause petit-déjeuner. Mais aujourd’hui, où est Athènes ? Qui sont les Perses ?

On l’a vu avec l’identité nationale, et je ne sais si cela est valable avec d’autres peuples, mais on ne sait plus on habite. Depuis la Deuxième guerre mondiale, on consomme jusqu’à  vomir, entassant des produits que l’on oublie aussitôt achetés, et je vous écris depuis un nouveau clavier d’ordinateur, sans savoir pourquoi et sans que cela ne nous rende plus heureux pour autant. Il n’y a plus de destin national, de causes qui en valent la peine de se sacrifier. Alors nous plongeons dans nos propres égoïsmes déformés par nos télés Full HD que nous regardons l’air dépité parce que le voisin a pris la 3D et qu’il en est très content. Et en plus «la télé c’est nul. Ils passent toujours la même chose ».
La première réforme à  mener aurait de décider ce que nous voulons. Sans parler d’argent, de retraites, de cotisations, d’impôts… qui ne sont que des moyens de parvenir à  des fins plus grandes, plus idéales. Mais ce que nous voulons nous, communauté nationale, pour demain, pour nos enfants, petits-enfants. Veut-on être un peuple d’inventeurs ? Résoudre les problèmes d’alimentation ? Etre plus heureux ? Mais heureux comment ? Défendre la liberté ? Faire preuve de solidarité vis-à -vis-de tous ? Parce que dès lors que l’on ne déchoit pas de leur nationalité tous les vieux, et qui sont de plus en plus nombreux avec les conséquences sanitaires que cela comprend (Alzheimer, Parkinson, DMLA…), nous sommes obligés de faire avec. En somme, d’éviter que le sens collectif ne soit un sens interdit, un sans collectif, et donc de réinventer notre destin.

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Commentaires

  1. […] Pour le plus grand intérêt des assureurs. Peut-être pas celui de l’intérêt collectif, si cela signifie encore quelque chose. Ce texte est parsemé de spots publicitaires de compagnies d’assurances ou de banques sur […]