Presse. Analyse comparée de XXI et d’Usbek et Rica

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  • 4 août 2010

Alors que la presse papier traditionnelle, à  que quelques exceptions près, n’en finit pas de trouver dans l’information sur Internet le bouc émissaire illusoire à  la baisse de ses ventes, deux revues papiers imprimées sur de vrais arbres font le pari qu’il existe un marché économique pour une information de qualité et indépendante. Leurs noms? XXI et Usbek et Rica.

A lui seul, Vint et un, fondé par Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry, a initié le concept de livres d’actualité et d’enquêtes. Il a été depuis été rejoint par Usbek et Rica et la nouvelle version de Muze, dont je ne traiterai pas ici faute de l’avoir lu.

Les points communs.

Le prix. 15 euros. Soit à  raison de quatre numéros par an, 60 euros à  l’année.

La qualité du papier. Un peu plus bouffant néanmoins pour XXI.

Une rédaction en partie externalisée. Les deux revues font appel à  des rédacteurs extérieurs pour la plupart des enquêtes et articles proposées. Elles diminuent ainsi leurs charges fixes. On est bien loin cependant des fermes d’informations dénoncées ici et là .

La distribution. Tous deux s’appuient sur le réseau des libraires et proposent des abonnements ne proposant ni ristournes, ni montres, ni radio-réveil, ni mini-four micro-ondes, ni accessoires de cuisine, des cadeaux de promotion, qui à  l’exception notable des maillots vintage offerts par So Foot, sont le plus souvent inutiles, ou peuvent servir de cadeaux de Noà«l de substitution.

La présence de la bande-dessinée. Pendant longtemps, la BD a été connotée jeunesse, et c’est le regard honteux, et en sortant leur marchandise sous le manteau de chez le libraire ou le vendeur de journaux, que les adultes s’adonnaient à  la lecture de leurs albums. Les deux revues ont bien compris qu’il n’en est plus rien. Les petits gastronomes en culotte courte ont grandi, et les images dessinées peuvent à  bien des égards satisfaire soit l’esthétisme soit l’information, voire les deux, comme Joe Sacco, dont Courrier International publie une enquête dessinée sur les migrants à  Chypre, en témoigne. Les deux revues utilisent donc la BD pour rompre le ryhme des textes et également affirmer leur identité. Usbek et Rica utilisent les deux personnages signifiés dans son titre pour discourir sur le temps qui passe, quand XXI recourt à  l’image pour l’illustration des dossiers ou sous la forme d’un récit graphique présenté à  la fin de chaque numéro. Dans le dernier numéro, qui m’a été mis à  disposition dans le cadre du Club des lecteurs de la librairie Dialogues à  Brest, il s’agit d’un récit de Jean-Philippe Stassen consacré à  l’histoire d’Arnold, enfant-soldat au Congo. Et pour ceux qui pensent que la bande-dessinée ne peut donner lieu à  de belles histoires littéraires, on lire avec délectation les aventures de Klay et Kavalier, de Michael Chabon.

Les différences.

Le titre. Pouf, pouf.

La pagination. 210 pages chez XXI et 192 chez Usbek et Rica.

Le concept. XXI fait la part belle aux enquêtes d’actualité, laissant de la longueur aux rédacteurs pour développer leurs sujets, ainsi le dernier numéro laisse 38 pages à  un dossier intitulé «  Les deux Israà«l », revenant par exemple, sous la plume d’Anne Brunswic, sur l’histoire du médecin qui sourit, Izzeldin Abuelaish, ce gynécologue palestinien dont trois de ses filles ont perdu la vie en janvier 2009 lors de bombardements de l’armée de Tsahal. La revue de Beccaria et Saint-Exupéry veut prendre de la hauteur, explique, met en perspective, raconte des histoires d’hommes et de femmes mais rappelle aussi les enjeux et donne de la cohérence à  ce qui ne serait autrement qu’une suite de tranches de vie.

Usbek et Rica a un goût plus prononcé pour le futur. Quand XXi nous raconte le monde comme il est, U&R consacre près de la moitié de son numéro à  la façon dont il pourrait être ou dont il aurait pu être. Je m’explique. Par exemple sur la couverture, on peut voir cette dichotomie avec les deux dossiers mis en avant. Le premier évoque 2010, «  les dictateurs et la belle vie », et 2050 «  tous immortels ». De plus, l’uchronie a la part belle dans ce numéro avec une nouvelle, signée Thierry Keller, le rédacteur en chef de la revue, intitulée «  Et si Bobby Kennedy n’avait pas été assassiné » qui raconte l’histoire des Etats-Unis depuis 1968 en quelques pages en utilisant la technique si chère aux anglo-saxons du What if.

Les plus des numéros en cours.

XXI

Prendre XXI en mains, c’est déjà  se sentir plus intelligent, tout en musclant ses biceps vu le poids. C’est lourd, c’est costaud, cela sent le travail bien fait. Ensuite tout est une question de confiance entre le titre et ses lecteurs. De prime abord, certaines enquêtes, ou thèmes, peuvent paraître redondants avec ce que l’on peut déjà  lire ou regarder par ailleurs, mais l’angle choisi est le plus souvent original que même pour des sujets rebattus cent fois, il y a un intérêt nouveau à  lire les papiers. Parmi les petits défauts: la couverture, ou plutôt les couvertures, qui depuis le départ, s’essaient à  l’art nouveau, et l’absence quasi-systématique d’humour, ce qui n’empêche pas la tendresse.

Usbek

Du côté d’Usbek & Rica. Arriver après XXI, c’est, pour l’équipe de Jérémy Rifkin, le créateur du titre, s’exposer à  la comparaison. Dans les faits, les deux revues sont différentes dans le fond. Avec fraîcheur, U&R montre que l’originalité paie. Et puis rien que pour lire un article sur «  Le cul des riches préfère l’épaisseur triple », qui traitre de l’usage du papier toilette à  travers le monde avec distance et érudition, cela valait la peine de l’acheter chez son libraire.

Les deux revues sont disponibles à  la vente chez Dialogues, pour XXI c’est par ici, pour Usbek&Rica c’est par là .

Sites internet:

XXI.

Usbek & Rica.

Et les suivre sur Twitter : http://twitter.com/usbeketrica

Et sur facebook : Usbek & Rica, XXI(non officiel)

Ils en parlent.

Miscellanées.

Owni.

Télérama.

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