Fait divers. Cassée par une bande, elle finit dans une poubelle. Ou les corrélations illusoires ont bousillé ma journée

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  • 8 juillet 2010

De notre correspondant permanent. C’est vers 10 heures ce matin, que le pire est arrivé. Dans un grand fracas, son visage s’est décomposé en mille morceaux, injustement attaqué par une troupe d’hommes membres de la secte des Murmurons et dotés de matériel de torture sans pareil. Il n’aura fallu qu’un centième de seconde pour que des heures de travail soient réduites à  néant et que la vitre s’éteigne dans un dernier souffle. Un centième de seconde et l’horrible machination d’une machine. La débroussailleuse, car tel est son nom, ne se contente pas d’épiler les dessous de bras, au quotidien elle sert également à  écarter de nos trottoirs mauvaises herbes et herbes folles, les mauvolles, comme on les appelle, contraction dans un seul mot valise, de leurs deux adjectifs. Et boum, et patatras, le caillou pris dans l’effroyable débroussailleuse cherche la sortie, s’en trouve éjecté par la force centripète, lire la soupe aux choux, une métaphore d’une France qui n’est plus, et vient percuter sur sa trajectoire le véhicule, paisiblement garé sur sa place de stationnement, se dorant la pilule au soleil. Un grand bruit, et la nuit. Pétrifiés, le groupe d’hommes jaunes, n’en peut plus mais. Une voiture militaire dotée d’un gyrophare pénètre dans l’allée. Un homme descenverre casséd, c’est le gourou de la secte des hommes en jaune. Il vient, avec un contrat sous le bras, annoncer la mauvaise nouvelle.

– Bonjour, dit-il

– Bonjour, dit l’autre. C’est pour Meg c’est ça? (J’ai donné un nom à  toutes mes vitres. Il y a Jeanne, l’éclaireuse, celle de devant, et puis les quatre sœurs March, Jo, Amy, Meg et Beth, les latérales, et puis Fergie, la plus grosse, celle de derrière). Comment cela a-t-il pu arriver si vite?

Et le gourou de raconter la scène. Et que son escadron de 25 hommes qui s’occupent de Saint-Pierre, mais ils ne l’emporteront pas au paradis, ne suffit pas à  son travail, une journée pour faire toute la rue, et tout ça à  cause des désherbants que l’on ne veut plus utiliser, tout à  ça à  cause de l’Agent Orange du Vietnam, pensais-je, et que du coup, il faut tout faire à  la débroussailleuse.

La voiture avant l'attaque.

La voiture avant l'attaque.

La voiture après l'attaque

La voiture après l'attaque. On voit bien la différence sur le côté droit

En partant, il me sert la main, me reconfirme ses condoléances. Ses yeux larmoient. Je n’ose croire que la raison en tienne au soleil zénithique.

Alors que j’appelle les Vitres funèbres pour son enterrement et qu’ils me fournissent une nouvelle Meg, je m’approche du lieu du drame. Le périmètre est déjà  bouclé mais quand je montre ma tasse de café avec ma photo dessus, on me laisse passer. Le spectacle est indescriptible. Sur le bitume de la route gisent des centaines de morceaux. Sur la banquette arrière, c’est pire. Il y en a partout.

– On va vous aider à  tout ramasser à , M’sieur.

– D’accord, murmure-je, encore sous le choc.

Ils se mettent au travail, et enlèvent les morceaux qui se sont accrochés, héroïquement, comme un soldat breton à  Verdun, dans l’encadrement de feue la vitre. Puis les jettent dans le caniveau.

Et c’est là  que ça déconne un peu, je trouve. Autant, je trouve que faire preuve d’une grande honnêteté comme de reconnaître son erreur et de prévenir la «  victime », (c’est le terme qui désigne les propriétaires de voitures attaqués à  la débroussailleuse. 5 rien que cette semaine sur Brest selon France Parebrises). est une énorme qualité. Bien d’autres, notamment les fétichistes des rétroviseurs et les obsédés du flanc arrière droit, n’ont pas eu ce courage. Mais tout de même, des ramasseurs qui ne ramassent pas les verres issus de leur propre culpabilité (S’il y a une victime, il y a un coupable), c’est étonnant. Balai dans la main, pelle dans l’autre, nettoyage express de l’emplacement pour éviter que les bouts de verre ne crèvent un pneu. L’après-midi est passée, et la vie de Meg aussi.

Car, il y a des jours ainsi où la série, faut d’être télévisée, est noire comme une grenouille dans un bayou de Louisiane. A huit heures, c’était Tatiana, qui m’annonçait qu’ «  elle était coincée en Ukraine avec le virement que je lui ai envoyé ». Les téléphones, fixes et portables, qui se font marionnettistes de la panne pendant une interview qui m’oblige à  rappeler mon interlocuteur sept fois. Quand on sait que l’homme est campaniste, (réparateur de d’horloges et de cloches) on sent bien que les cloches ont failli sonner à  mes oreilles. En plus il n’y a plus de chips dans le frigo. Et la porte d’entrée s’est verrouillée toute seule si bien que j’ai dû monter en varappe la façade de la maison pour y entrer à  nouveau par une fenêtre ouverte. Appelez mois Spider. J’ai dit Spider, pas Speeder. Pour tous les mauvais esprits, voici une chanson qui quand elle entre dans la tête on a du mal à  l’en faire sortir.

http://www.youtube.com/watch?v=ZrqOaAdDNq0&feature=related

«  Pourquoi tous les feux sont-ils rouges lorsque vous êtes pressé? A cause des corrélations illusoires

Ce qui importe n’est pas la réalité, mais la perception que l’on en a. Ainsi, à  la caisse d’un supermarché, au péage d’une autoroute , il est fréquent d’avoir cette impression étrange et pénétrante d’avoir choisi la mauvaise file, fille, caisse, casse, rayez la mention inutile. «  A côté, ils passent plus vite ». Pour trouver une réponse à  la question du chat noir, il faut aller chercher dans les théories de psychologie, très utilisées en comportement du consommateur, ma discipline préférée. Dans son livre «  150 petites expériences en psychologie pour mieux comprendre nos semblables », Serge Cicottti, auteur de plusieurs livres sur la question, et enseignant à  l’université de Bretagne sud, s’interroge « Pourquoi tous les feux sont-ils rouges lorsque vous êtes pressé? ». La réponse tient dans les corrélations illusoires. L’auteur reprend ainsi les travaux de Chapman qui montrent que l’esprit humain «  a tendance à  exagérer la fréquence des liens entre les événements en présence ». Et ce pour plein de raisons. (Cicotti n’est pas le seul à  évoquer les corrélations illusoires. AJ Jacobs dans son livre Journal d’un cobaye, les classe dans la catégorie des biais cognitifs qui sont nombreux et parfois nous attirent dans l’erreur, la peur, le mensonge, la mésestime de soi).

  1. Nous confondons les causes et les conséquences. Exemple. Les antibiotiques fatiguent. Or quand nous en prenons, nous sommes malades et donc déjà  fatigués.
  2. Les croyances influencent nos jugements. Depuis longtemps, la croyance populaire, qui touche également des professionnels de santé dit Cicotti, considère que les jours de pleine lune, il y a plus d’accouchements. On trouvera tous des personnes dans nos entourages pour le confirmer. Or, toutes les études montrent qu’il n’en est rien. L’astrologie relève également de cette catégorie. Sauf pour les natifs du signe de la Balance, dont on sait, par expérience qu’ils sont «  doux, ouverts d’esprit, authentiques, créatifs, désirables et désirés, très gentils, disposant d’un sens aigu de la justice, et, je vous en prie, super bons au foot ». Incroyable de vérité. Sauf à  se rendre compte que le tableau astrologique utilisé de nos jours est en fait totalement faussé comme l’explique différents articles parus ces dernières semaines dont l’un dans le dernier numéro de Ca m’intéresse.
  3. L’effet placebo. En médecine, donner un médicament placebo, c’est faire croire à  un patient, parfois en lui disant que la possibilité existe, qu’il dispose d’un médicament actif alors que le produit donné n’est pas actif, il s’agit uniquement de sucre par exemple, sauf si le béta-testeur est diabétique. Une expérience a ainsi montré que des hommes ayant cru boire de l’alcool, alors qu’ils buvaient de l’eau, se sont montrés plus agressifs et excités sexuellement. Le dernier résultat étant également valable pour les femmes. C’est ce que l’on appelle l’illusion de corrélation. Ou la corrélation Canada Dry. On croirait de la corrélation, cela a le goût de la corrélation, mais ce n’est pas de la corrélation. Bravo.
  4. Théories naïves et corrélations illusoires. Le paragraphe du livre parle de la théorie du petit bonhomme, sans valeur en psychologie. Mais je n’en dis pas plus. Vous pouvez acheter le livre pour en savoir plus, sinon, je veux bien le prêter, mais il s’appelle reviens. Tout comme le bouquin de Jabobs, Journal d’un cobaye, que j’ai prêté à  quelqu’un et que je ne sais plus qui c’est. Si cette personne teste, comme l’auteur, l’honnêteté radicale, prière de me le rendre. Grazie.

Mais heureusement il est possible de se défaire de cette torture du fatalisme et des séries de malheurs, petits ou grands (mais vous savez ce que l’on dit «  un malheur n’arrive jamais seul ». Attention, vous venez de lire une corrélation illusoire basée sur une croyance établie sur le supposé bon sens populaire dont on voit, souvent en démocratie, qu’il n’est pas l’atout le mieux partagé). Comment, me direz-vous? Et je comprends, cette angoisse qui monte devant un suspens aussi bien orchestré. «  On passe d’une vitre cassée à  une leçon de bonheur. C’est trop bien, vivement que je sache ». Oui, mais le bonheur cela se mérite. En attendant une journée de plus (Vous pouvez meubler le temps en lisant ce blog). A demain. (Mj. 10/07/10. Promesse tenue, voici le lien vers l’article le kamasutra du bonheur)

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Commentaires

  1. […] Avec parfois des coïncidences, comme le remarquait le site LabPolitique d’Europe 1,  dont cette publicité pour GE avant une interview de Manuel Valls sur BFM, dont il serait vain d’y voir une corrélation illusoire. […]

  2. […] quelque chose d’intéressant dans l’épisode que vous auriez, comme par hasard, par le jeu des corrélations illusoires, loupé, l’aversion au risque, disais-je vous force à  effectuer la démarche suffisante pour […]

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  4. […] livre, tu dresses une liste imposante de biais cognitifs auxquels nous sommes soumis donc celui-ci : le biais de corrélation illusoire. Explications. Quand nous sommes dans une file d’attente qui avance moins vite que les autres, on […]

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