La communication politique de crise en dix points. Le cas Eric Woerth

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  • 28 juin 2010

Le ministre du travail connaît une période troublée. On l’accuse à  demi-mots d’être intervenu dans le dossier fiscal de Liliane Bettencourt pour que le fisc ne mette pas son nez plus en avant sur l’éventuelle évasion fiscale qui aurait été organisée par les fondés de pouvoir de la femme la plus riche de France (20 milliards de dollars soit autant que le PIB annuel des 24 pays les plus pauvres du monde). Eric Woerth affirmait il y a quelques mois qu’il disposait d’une liste d’évadés fiscaux, il serait intéressant de voir si le nom de Liliane Bettencourt y figurait ou ben celui de Robert Peugeot.

En toile de fond, la position professionnelle de son épouse, salariée d’une société de Liliane Bettencourt ainsi que des dons que celle-ci aurait réalisé à  plusieurs personnalités politiques.

http://www.youtube.com/watch?v=QKEhA97DgJ8

Il apparaît que rien de ce qui est reproché à  Eric Woerth, lire ici la chronologie de l’affaire, y compris la double casquette qui était la sienne de ministre du budget et de trésorier de l’UMP, récolteur de fonds de la diaspora fortunée française, ne semble être illégal. En ce qui concerne la moralité néanmoins, le débat est lancé. D’autant plus que de multiples affaires secouent le cocotier gouvernemental: le permis de construire d’Alain Joyandet, les frais de location d’avion privée, les appartements de fonction de Christian Estrosi, la rémunération de Christine Boutin, l’hôtel sans prix de Rama Yade, le prêt de son appartement de fonction de Fadela Amara à  des membres de sa famille, le retour d’exil fiscal de la compagne du ministre du budget, François Baroin ce n´est pas le rachat de crédit qui guette ces gens…

A Woerth bon cœur M’ssieurs Dames

C’est l’occasion aussi de redécouvrir le fonctionnement de la communication politique de crise. Qui se passe, quasiment tout le temps, et ce quel que soit le parti au pouvoir de la manière suivante après les révélations d’un journal, sur internet ou non, reprises dans les autres journaux qui se dispensent ainsi de s’associer aux risques juridiques en citant abondamment leur collègue. Thierry Libaert, spécialiste de la question, affirme dans le JDD d’ailleurs que celle d’Eric Woerth est plutôt maladroite.

Etape 1. Démentir. Tout est cela est faux, ce ne sont que des rumeurs, colportées par la vilénie des médias, de l’opposition, des intérêts du parti de l’étranger, rayez la mention inutile, pour m’empêcher de mener à  bien ma réforme ô combien importante, inquiéter ma candidature à  l’élection présidentielle, ternir ma réputation, là  aussi rayer la mention inutile mais plusieurs réponses sont possibles.

Etape 2. Détourner l’attention en activant des contre-feux médiatiques. Le plus grand danger pour le pouvoir dans une démocratie ce n’est pas la réalité mais la perception que l’opinion publique en a. Or cette perception vient, dans notre société de la communication, des sujets traités dans les journaux de 20 heures. L’idéal est une succession de victoires de l’équipe de France de football.

Etape 3. Répondre un peu sur le fond, quand même. C’est ce que Nicolas Sarkozy vient de faire en annonçant des sanctions pour les ministres qui seraient coupables de confusion des genres entre les intérêts de l’Etat et des intérêts privés.

Etape 4. Répondre mais pas tout de suite. Annoncer alors une date à  moyen-terme pour la mise en place des mesures annoncées avec une grande solennité.

Etape 5. Sonner le rassemblement. Tel un pack de rugby, les soutiens amicaux ou politiques de la personne mise en cause font bloc avec l’accusé. «  Eric est un bon gars. Et puis il a le look de l’emploi vous ne trouvez pas avec sa tête d’expert-comptable ». Même s’il peut y avoir des voix dissonantes.

http://www.dailymotion.com/video/xds0o1_jf-cope-soutien-a-eric-woerth-et-eq_news

Etape 6. Créer une commission parlementaire sur la question.

Etape 7. Créer une commission parlementaire sur l’étape 6.

Etape 8. Demander un rapport d’informations à  des parlementaires de droite et de gauche.

Etape 9. Enterrer le rapport en le faisant traîner le plus longtemps possible. En tout cas, ne le publier qu’après la prochaine élection importante ou bien pendant une période de vacances, celles de l’été ayant la préférence car elles ont le net avantage de durer plus longtemps.

Etape 10. Faire un Grenelle.

Pour peu que les soutiens soient massifs, la période appropriée, l’histoire passera bientôt par pertes et profits du temps médiatique qui dégaine aussi rapidement qu’il ne referme le dossier. A chaque jour suffit sa peine, et le public se lasse vite de ces affaires politico-financières d’autant plus que, échaudé par les précédentes, il sombre dans un populisme de bon aloi, «  tous pourris », dans lequel le font trébucher ceux qui confondent leurs intérêts, même non corrompus, avec ceux de notre nation.

En savoir plus sur Internet.

Un pearltree de l’affaire Woerth

Sans oublier que dans cette histoire rocambolesque, une histoire essentielle reste en suspens

http://www.dailymotion.com/video/xduld5_les-65-millions-de-bettencourt-sur_news#from=embed?start=44

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