Euro imperatur. « Il faut sauver le soldat euro »

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  • 17 mai 2010

On croyait que le plan annoncé de soutien de 750 milliards d’euros aux budgets européens allait porter ses fruits. Cela aura été vrai trois jours. Depuis l’annonce du plan de l’UE, l’euro a perdu 3% de sa valeur. Une telle dégringolade que l’on se croirait aux JO d’hiver à  regarder la compétition de bobsleigh. «  Il faut sauver le soldat euro », semblent dire les ministres des finances européens. Un peu à  la manière du film de Steven Spielberg où l’armée US cherche à  sauver un frère Ryan en France en 1944, parce que ses trois autres frères sont morts pendant cette guerre: pour le symbole. Quitte à  sacrifier de nombreux autres soldats pour cela. Cela fait un bon film mais pas ne reflète pas une grande rationalité.

http://www.youtube.com/watch?v=tXSP_gZc-Qs

Quand on cherche bien dans les déclarations politiques et médiatiques du week-end, on y voit des imprécations, des espoirs, mais peu d’argumentations sur les raisons qui nous pousseraient à  «  sauver l’euro ». Beaucoup de chiffres, de statistiques, cela donne l’impression de suivre une compétition sportive comme si notre amour propre était touché de cette chute vertigineuse. Alors qu’en fait non, rappelons-nous des italiens qui même avec une monnaie de pacotille jouaient encore aux seigneurs. Non, la confiance c’est dans la tête, pas dans la monnaie.
Or, force est de constater que question confiance, il est permis de douter des dirigeants européens. Eux qui ne se sont mis d’accord que tardivement et sous la menace pour un plan financier concerté. Eux qui ont choisi comme président de l’Europe, le plus mou d’entre eux, selon leurs aveux.

Une monnaie sur laquelle on peut compter

Ce qui compte pour une économie, ce n’est pas une monnaie forte ou faible, mais une monnaie stable dans le temps, sur laquelle on peut compter. Quand on est dans la zone euro, cela passe encore. Aucun particulier par exemple ne perçoit les variations de valeur de la monnaie européenne, tant qu’il ne quitte pas la zone euro. Sauf quand il s’apercevra que l’euro le protégeait en partie des variations du prix du baril de pétrole quand le litre d’essence va prendre 10 à  15 centimes d’un coup avant les vacances et que l’on peut assurer le lecteur que cela ne fera pas plaisir aux routiers, «  déjà  qu’on nous assassine », non plus.

Il n’en est pas de même pour les entreprises qui échangent beaucoup avec l’étranger. Qu’elles exportent ou qu’elles importent, les conséquences peuvent être importantes. Certaines, celles qui exportent gagnent à  une dépréciation de l’euro, d’autres, celles qui importent, y perdent, ou en tout cas voient le prix renchérir. Cette baisse de la monnaie unique comporte donc des avantages et des inconvénients. Dans quelle proportion les premiers équivalent-ils aux seconds, je ne sais pas et aucune étude non plus. Cela dépend donc. Nos avions, tant qu’ils sont vendus en euros (Airbus avait annoncé un plan de délocalisation de sa production parce que l’euro valait trop cher. On espère que le contraire sera vrai aussi), vaudront moins cher, le pétrole et les jouets chinois plus. Donc, si vous êtes vendeur d’avions, vous gagnez de la compétitivité. Si vous êtes acheteur de barils de pétrole ou de jouets par containers, vous y perdez.

A force de comparer notre monnaie au dollar, que ce soit dans les mentalités des européens ou dans les différentes places de bourse du continent, on en viendrait presque à  attraper le mal de mer, le mal de vert pour faire référence à  la couleur du billet américain. La monnaie est un outil de l’économie, pas une fin en soi. On ne se bat pas pour elle, on se bat pour ce qu’elle représente: un idéal de solidarité commune qui bien malheureusement semble d’arrêter aux portes des bourses de Francfort et aux caisses de compensation du Luxembourg. La politique est faire de symboles, de totems que l’on brandit pour signifier aux autres. L’euro en est un. Gageons qu’il ne soit pas le seul.

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Commentaires

  1. Rahhhhlala, la money la monnaie, tiens je préfère Monnet moi …

  2. valentini dit :

     
    Hourra l’euro!
     
    (fait divers relatif à  une certaine jouissance sensuelle dans la société des extravagants)
     
    Un journaliste a fini par lâcher le morceau: 99% des journalistes, pour ne pas dire la totalité, sont généralistes et, par conséquent, ne savent pas de quoi ils parlent. Disons, pour parler prolo, qu’ils bourrent le mou de leurs lecteurs! Notre avis néanmoins est que cette manière de voir, à  l’exception notable du mammouth européen, semble un peu journalistique. De quoi, en effet, les journalistes pourraient-ils nous parler, sans se contredire aussitôt, s’ils se mettaient en tête de considérer, par exemple, l’opposition aux réformes, comme l’information par excellence? Non pas l’information-cadeau à  déballer, ça, le gouvernement sait très bien le faire, mais comme fait concret en soi qui mérite attention et réflexion. Et cela pour cette raison toute bête que ce n’est pas à  l’opinion publique d’expliquer ce que veut le gouvernement, mais bien au dit gouvernement de montrer, dans les faits et non pas en paroles, que son action aboutit à  améliorer les conditions de vie et de travail du plus grand nombre. Et s’il déclare que oui, c’est le cas! alors le plus grand nombre est en droit d’attendre de qui prétend mieux que d’autres saisir la complexité du réel, en vue non de le simplifier mais tout simplement d’en rendre compte, de la façon la plus claire et la plus précise, un contenu à  la hauteur de la prétention revendiquée. Mais le fait est que le journalisme est devenu, de manière générale, l’enseigne de ce préjugé qui consiste à  casser toute opinion qui n’a pas l’assentiment des idées dominantes des possédants de notre époque. Et il n’est donc pas étonnant, mais en même temps passablement curieux, que sur la question de l’Europe, toute l’Europe, comme un seul homme se lève, pour déclarer son immense peine d’être aussi incomprise… par les états européens qui la constituent, sans que cela soulève aussitôt un concert de protestations médiatiques. Le philosophe avait bien raison de dire qu’il convient de se méfier de son propre entendement. Au lieu de ça, au contraire, on se déclare partout soucieux des marchés! Et, ceci corroborant cela, inquiet de l’avenir de la monnaie unique, sans s’émouvoir le moins du monde du fait que ladite monnaie unique, en tant que vaillante fille publique, semble avoir de multiples vies parallèles. La drachme, semble-t-il, mais pas seulement, la livre, l’escudo, la peseta, la lire, le franc hantent l’euro réduit à  l’état de tirelire, que nous proposons d’appeler le rutilant gentil cochon.
     
    Résumons d’abord les trente années qui indubitablement, chose que personne ne nie, viennent de changer la vie d’une manière considérable. Pour les uns, il y a trop d’Europe et pour les autres, pas assez! L’économique et le social, comme on dit, sont, en effet, ne changeons pas de registre, les deux faces d’une même pièce. Reste que ce sont les vendeurs du trop d’état social et pas assez d’Europe providentielle qui, grâce à  l’action énergique du mauvais état en question, ont, en 2008, décroché la timbale de la façon la plus retentissante qui soit. Leur excuse est que ce n’était pas prévisible, personne n’y croyait, c’est arrivé comme ça et pis surtout ça sert à  rien de critiquer, faut agir. Le journalisme, façon constat à  l’amiable, n’appartient plus, à  l’évidence, aux seuls journalistes. Et c’est peut-être là , la chance de ces derniers. C’est alors qu’après des nuits d’angoisse, passées un partout jusqu’au Canada, o๠rien n’était gagné, ni la soupe, ni le rata, les visages étaient tendus, vraiment l’Europe a eu chaud, les ci-devant révolutionnaires européens, dénonciateurs du trop d’état-providence se sont brusquement réveillés en promoteurs d’un gouvernement européen, enfin capable de décider, à  hauteur de 50%, d’une péréquation des dettes nationales européennes. Voilà  un fonds qui sent la poudre! Et patte blanche! Donner l’assurance au grand méchant marché, qu’il recevra autant qu’il espérait avaler avant la crise, c’est la sorte de fédéralisme-type CDS (credit default swap) que les escrocs étatiques d’Europe se proposent de mettre en oeuvre, Et l’on s’étonne, après cette incitation au bas de laine à  jarretière monumentale, que les marchés attaquent! Ils ont bien compris que l’Angela angélique des ménages, soucieuse de son budget, chante un hymne à  la joie, d’un genre tout à  fait singulier. Messieurs, entrez, entrez, et jouissez tout votre soul! Comme la belle a déjà , outre-Rhin, disons grosso modo au sud, son marlou, son hareng, son barbeau, il ne lui manque plus, pour compléter le tableau, qu’un chapeau de soie jaune-serin garni d’un ruban et d’un voile de même couleur. Elle sera ainsi la reine d’un nouveau royaume: the United Kondom. Car il ne sera pas dit, non, non, qu’on trouvera mieux que l’Europe pour préserver les intérêts des marchés, des banques et de toutes les classes capitalistes européennes. Et il y a au moins un journaliste-un qui sait de quoi il s’agit, retourner l’avenir en leur faveur, et pour cela il leur donne plutôt quatre mains qu’une. Nationale-européenne, leur démocratie est pipée.