Grèce-Euro. La nouvelle guerre est économique

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  • 10 mai 2010

Il y a deux jours, le monde fêtait une paix, précaire certes mais qui dure tant bien que mal depuis 70 ans. Sans se rendre compte que l’on a basculé, en silence, dans une guerre larvée qui ne met plus aux prises des armées de soldats sur un champ de bataille mais des intérêts socio-économiques considérables.

Un seul exemple pour s’en rendre compte: la crise de l’euro. Depuis plusieurs mois, la Grèce est «  attaquée », c’est le vocabulaire utilisé par les observateurs, par des spéculateurs. Il y a des raisons objectives à  faire payer à  la Grèce et à  l’imprévoyant peuple grec leurs erreurs passées, la corruption, les déficits publics et une dette considérable. Mais ce ne sont pas celles qui ont prévalu dans cette histoire. De nombreux fonds financiers misent sur une parité euro-dollar d’ici la fin de l’année. C’est-à -dire qu’un euro vaudrait un dollar, alors qu’aujourd’hui il faut mettre plus de dollar, 1,30 exactement pour obtenir un euro, et il y a six mois c’était plus encore, 1,50. Comment font-ils pour gagner de l’argent? Ils achètent dans le futur et revendent dans le présent. Et ce n’est pas de la science fiction. Admettons qu’ils achètent effectivement d’ici la fin de l’année l’euro à  un dollar et qu’ils aient pris une option pour le vendre à  la valeur d’euro au 1er janvier de cette année, 1,43. Ils gagneraient ainsi 43% de leur mise. Si vous placez ainsi quelques dollars, cela n’en vaut pas la peine. Si c’est 100 milliards, cela laisserait rêveur le plus blasé des traders en bourse. Ou bien en utilisant des CDS, sorte d’assurance contre le risque monétaire, comme expliqué dans la vidéo ci-dessous.

Blitz-krieg financière

Dès lors que la Grèce est attaquée, les autres pays de la zone euro jouent la carte de la solidarité obligatoire. Là  où nous aurions laissé en d’autre temps le drachme toucher le sol, il nous est nécessaire de soutenir, parfois du bout des lèvres et du portefeuille, un pays qui n’aura jamais respecté les règles budgétaires imposées au sein de la zone euro. La Grèce n’est pas les Sudètes. Comme dans la théorie de la Blitz-krieg, théorisée après l’attaque des forces nazies contre la France en mai 1940, l’ennemi s’attaque d’abord à  la partie la plus faible en y concentrant l’ensemble de ses forces. Plus il entreprend des opérations de propagande, comme ces rumeurs lancées à  propos de l’endettement de l’Espagne notamment, alors que ce pays, certes fragilisé, dispose de fondamentaux économiques beaucoup plus solides. Olé! Les conséquences sur les populations civiles peuvent se révéler désastreuses comme les grecs en font déjà  l’expérience. Surtout cela met une pression importante sur tous ceux qui ne sont pas touchés: pression pour ne pas demander d’augmentation de salaire, pression pour ne pas se plaindre de ses conditions de travail, pression pour accepter ce qu’ils auraient considéré comme inacceptable quelques semaines auparavant encore, hausse des impôts pour financer les mesures prises

Les pays occidentaux ne sont pas préparés à  cette nouvelle forme de guerre financière. Les autorités mises en place, comme Tracfin par exemple en France qui suit les mouvements financiers irréguliers ou importants, ne sont pas dotés de moyens suffisants par rapport à  cet ennemi caméléon qui trouvent sa propre Odessa, ses réseaux d’exfiltration. Et les connaissances de nos concitoyens en matière de science économique sont trop basses pour permettre de situer l’ensemble des enjeux simplement. Parfois, ce sont mêmes les alliés les plus sûrs qui ont deux visages.

Tout comme la Marine nationale met à  disposition des commandos pour protéger les navires de pêche dans le golfe d’Aden et près des Seychelles, il est temps que l’Etat se prémunisse des attaques financières dont les conséquences réelles sont mille fois supérieures aux actes de terrorisme politique dont nous avons pu être victime. Et la première de ces mesures est de diminuer notre exposition au risque en diminuant drastiquement notre déficit budgétaire.

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Commentaires

  1. […] croyait que le plan annoncé de soutien de 750 milliards d’euros aux budgets européens allait porter ses fruits. Cela aura été vrai… trois jours. Depuis […]