Des « nouveaux pauvres » pas si nouveaux

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  • 8 avril 2010

Le texte de culture générale pour le concours d’entrée à  l’institut de soins infirmiers de l’Aigle portait sur la thématique des nouveaux pauvres. En voici des éléments de correction. Il est tiré d’un article de l’Express paru en juillet 2009 sur l’appel à  l’aide des associations humanitaires.

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Q1. Présentez brièvement le sujet, et ensuite dégagez la problématique du texte.

Le texte tiré de l’hebdomadaire d’actualités L’Express revient sur l’émergence d’une nouvelle catégorie de pauvres, à  savoir des personnes qui travaillent, touchent un salaire mais n’arrivent pas à  joindre les deux bouts face à  la précarisation de leur situation. En dernier recours, ils font appel aux associations humanitaires, type Restos du Cœur et Emmaà¼s, qui sont submergées par cette situation.

Q2. Présentez les principales idées du texte; votre réponse doit être structurée et ne pas dépasser une quinzaine de lignes. Vous commenterez le paragraphe en caractère gras « Selon une enquête remise [ …] au secrétariat d’Etat au Logement, 83 % d’entre eux ont très peur de la pauvreté, et 13 % tremblent de perdre leur toit » et donnerez un avis personnel argumenté sur le sujet.

Nota. Je ne présente ici que l’aspect commentaire de phrase.

La France a peur, pour paraphraser Roger Gicquel, mais pas d’un kindappeur d’enfants comme dans les années 70 mais de la précarité économique. Dans un contexte de crise économique, nos concitoyens ressentent une menace face à  leur propre situation. 4 français sur 5 indiquent même éprouver de la peur face au risque de déclassement social, de basculement vers la pauvreté alors même que la proportion de pauvres est de 13% dans la société. Le seuil de pauvreté étant défini par un revenu inférieur à  60% du revenu médian, à  savoir 908 euros par mois en France en 2009. La peur ressentie touche ainsi un nombre plus important de personnes que celles qui seront en définitive touchées par la pauvreté. C’est le signe d’une société qui doute de son modèle de prospérité et également de sa capacité à  être solidaire à  l’égard de ceux qui souffrent le plus. La mention du logement dans l’étude d’opinion du ministère du logement est intéressante car elle montre que le logement, le fait d’en disposer d’un salubre, adapté à  la situation familiale, voire en être propriétaire, est un élément de base face à  la menace de la pauvreté. Or il manque 600.000 logements en France et près d’un million d’enfants sont confrontés à  la pauvreté de part la situation financière de leurs parents.

Q3. Définissez l’expression « les nouveaux pauvres ». En quoi l’évolution de la société et le contexte particulier de crise favorisent l’émergence de « nouveaux pauvres »

L’emploi du terme nouveaux dans l’expression nouveaux pauvres nous montrent que nous assistons à  l’émergence d’une nouvelle catégorie de personnes touchées par la pauvreté. Là  où l’exclusion économique et sociale avait une tendance à  la reproduction sociale, et de fait touchait les mêmes types d’individus, voilà  que la pauvreté se fait plus menaçante à  l’encontre de catégories de population qui, depuis la deuxième guerre mondiale et l’apparition massive du salariat mensualisé, était à  l’abri de ce type de risques.

Ces nouveaux pauvres travaillent ou ont travaillé récemment, disposent de revenus mais ne parviennent pas, selon eux, à  vivre décemment avec cet argent. C’est notamment pour cette nouvelle catégorie de personnes que Martin Hirsch a mis en place le revenu de solidarité active, qui permet de cumuler aides sociales et salaire pendant un temps, en substitution partielle au RMI en vigueur depuis 1988. Il y a là  des raisons à  la fois économiques, sociales et culturelles, mais aussi structurelles et conjoncturelles à  cet état de faits. Perdre son travail entraîne des problèmes en matière de reconnaissance sociale liée au travail qui ont le sait, depuis les travaux de Christophe Dejours, sont un élément essentiel de la construction de notre identité.

Depuis le début des années 80, la France est confrontée à  un chômage massif de sa population active. Aujourd’hui en France, près de 10% des personnes en âge de travailler sont demandeurs d’emplois, ce qui représente 3 millions de personnes. Et encore évoquons-nous ici que les personnes à  la recherche d’un emploi à  temps plein et immédiatement disponible, soit la catégorie 1 selon le classement du pôle emploi, qui est l’organisme chargé de s’occuper des demandeurs d’emploi. La fin des Trente Glorieuses, selon l’expression de Jean Fourastié, qui peut se résumer à  une longue période de croissance économique associée à  l’accroissement du niveau de vie, est bien terminée. On parle désormais de Trente piteuses pour qualifier la période qui va des années 80 à  nos jours. Voilà  pour les éléments structurels économiques.

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A cela s’ajoute les conséquences de la crise financière qui a atteint l’économie mondiale depuis l’été 2008 suite à  la crise des subprimes aux Etats-Unis qui, par ricochet, s’est propagée à  la planète toute entière. De nombreuses entreprises ont ainsi engagé des plans de réduction de leurs effectifs, parfois fermé des usines, et ce dans des conditions sociales parfois affreuses, demandé des diminutions de salaires, recouru au chômage partiel, notamment dans l’automobile. Si évidemment les personnes touchées par les suppressions de leurs propres emplois sont les premières concernées, un effet de contagion psychologique a eu lieu dans le même temps chez les personnes non-atteintes par cette onde de choc. Devant ce flot de mauvaises nouvelles, les français doutent et imaginent le pire. L’information concernant les 600.000 demandeurs d’emplois arrivant en fin de droits d’ici la fin de l’année, et pour lesquels s’achèvera, faute de mesures adéquates prises d’ici là , le versement des prestations chômage, ravive cette inquiétude.

Mais la crise économique n’explique pas tout. Les nouveaux pauvres existaient avant la crise. Victime de la précarisation d’un certain nombre de secteurs économiques, parfois mal-adaptés aux nouvelles exigences du monde du travail, et même après avoir poursuivi des études supérieures ou professionnelles, un nombre croissant de personnes se retrouvent exclues du monde de la richesse. Par richesse, il faut entendre le monde la consommation. Les nouveaux modes de consommation ont augmenté notre niveau d’exigence. Ecrans plats, ordinateur, téléphones portables ont fait leur apparition dans la plupart des foyers français et avec eux l’explosion des dépenses incompressibles. Sans compter les augmentations des prix des loyers et de l’énergie pour des français qui habitent, en raison du prix des terrains, de plus en plus loin de leur lieu de travail et des centres urbains.

De plus, l’augmentation du nombre de familles mono-parentales, notamment en raison de l’explosion des divorces (120.000 divorces par an en France contre 200.000 mariages), fragilise un grand nombre de foyers qui peuvent ainsi basculer du jour au lendemain d’une situation confortable à  une pauvreté relative. La situation des foyers surendettés en France, 300.000 environ, le démontrent. Ce sont d’abord des personnes issues des classes moyennes qui, suite à  un «  accident de la vie », se retrouvent pris dans le cercle vicieux de l’endettement et le lot d’exclusions que subissent les personnes en situation de difficultés.

L’apparition des «  nouveaux pauvres » impliquent des actions correctrices de la part des pouvoirs publics pour retrouver la croissance des emplois et assurer les personnes dans la tourmente de la solidarité de la société à  leur égard, elle suppose aussi de ne pas abandonner «  les anciens pauvres », ceux qui subsistent dans des conditions moyen-âgeuses, dans l’ombre des paradis de la surconsommation des avenues commerçantes et des sites de e-commerce. Cela ne doit pas faire oublier non plus la situation autrement plus compliquée des populations des pays pauvres. A l’échelle de la planète, deux milliards de personnes vivent avec moins de deux dollars par jour, dans le dénuement économique le plus complet, mais surtout sans accès ni à  l’éducation ni aux soins, ce qui est, fort heureusement, une constante dans notre pays où les organisations humanitaires viennent compléter les dispositifs mis en place par l’Etat.

Ce phénomène illustre l’idée que le plus grave n’est pas de perdre son travail mais de ne plus en retrouver.

Cadeau bonus. Un peu d’humour

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