Dans la ville des veuves intrépides, de James Canon

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  • 7 avril 2010

Dans un village reculé de Colombie, un jour de novembre 1992, les hommes disparurent. Jacinto, Napoleon, Marco, Vincente, les frères Restrepo, Angel, le docteur Ramirez, tous à  l’exception du Padre Rafael, de Santiago et de Julio déguisé en Julia et qui ainsi échappât aux troupes de la guérilla venu dans le village incorporer de force l’ensemble des hommes qui y étaient présents pour lutte contre l’armée. Ainsi commence le roman de James Canon, Dans la ville des veuves intrépides. Dès lors, le village est condamné à  vivre sans hommes malgré toutes les tentatives des femmes pour en faire venir d’autres ou récupérer les leurs. D’abord désorientées par l’absence de ceux qui avaient régi leur vie, violenté leur corps parfois, écumé les bars à  hôtesse de la région, travaillé les champs alors qu’elles restaient chez elles pour s’occuper des tâches domestiques, les femmes sombrent dans une forme de désespoir post-masculine, avant de se ressaisir. L’une d’entre elles est chargée par un émissaire du gouvernement d’administrer le village. Rosalba devient ainsi maire de Mariquita. Il lui faut rétablir l’ordre dans un village qui sent l’abandon et où la crasse s’est substituée à  la propreté et où tout le monde manque de tout.

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Les femmes sont l’avenir de Mariquita

La population se contente de sandwiches sans pain et les hardes remplacent les belles robes. Un monde pour les hommes sans les hommes n’est pas tenable. Alors la communauté des femmes de la Mariquita réagissent et vont créer le propre monde. Elles créent leur propre temps, déterminé par les cycles menstruels de quatre d’entre elles, deviennent amoureuses, organisent une société où tout apparient à  chacun et où personne n’est abandonné jusqu’ à  la fin de son existence. Tentent aussi de repeupler le village. Mais Santiago et Julio-Julia sont homosexuels, reste donc le prêtre qui consent à  délaisser son magistère pour rejoindre la couche des femmes. Sans succès, aucun enfant ne vient. A l’âge de 15 ans, les quatre garçons du village, qui n’avaient pas été enlevés à  leurs familles, perdent leurs attributs et sont tués par un prêtre devenu fou et qui doit s’en aller, jeté par les femmes du village. Les voilà  seules, avec leurs souvenirs, «  Les trois femmes furent horrifiées de découvrir que tout ce dont elles se souvenaient, c’était de poils sortant d’un long nez ou d’une forte cataracte dans un œil noir; qu’elles avaient pleuré sur une moustache négligée, une dent en or, ou un grain de beauté poilu sur un menton proéminent », leurs haines et leur envie d’amour. Mais leur abnégation, leur ardeur et le sens du collectif les transcendent. Elles parviennent à  créer une communauté où chacun a sa place à  la mesure de ses talents et des efforts qu’il est capable de fournir.

Le roman de Canon s’inscrit dans la lignée de celui de Gabriel Garcia Marquez, Cent ans de solitude, empreints de fatalisme face aux événements de l’existence mais aussi d’une intensité rare. A croire que les sud-américains disposent d’un talent particulier pour écrire des sagas communautaires.

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