Nurse Jackie. Infirmière, mon amour

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  • 5 avril 2010

nursejaclkie

Les séries américaines aiment décidément les bad people. Après la mère de famille dealeuse de drogue dans Weeds, le policier serial killer dans Dexter, les femmes imparfaites et désespérées de Desperate Housewives, le machisme des héros des agences de publicité dans Mad Men, voici Nurse Jackie. Diffusée sur Showtime aux Etats-Unis, la série a débarqué en France sur Canal Plus. Une infirmière, Jackie, s’en met plein le nez avec ses doses de Vicodine, comme Dr House. Avant d’entrer dans l’établissement hospitalier new-yorkais où elle travaille, elle enlève sa bague de femme mariée pour tromper en toute conscience son époux et n’hésite pas à  accuser sa stagiaire d’avoir jeté l’oreille de l’un de ses patients dans les toilettes de l’hôpital ou de droguer sciemment sa patronne. Bref, le modèle de l’anti-héroïne, puisqu’elle prend de la Vicodin, pouf, pouf, avec juste une dose d’humanité pour que la série ne vire pas au gore type « Ta seringue me rend dingue ». A la fois, comme le dit Pierre Serisier, « ordinaire et exceptionnelle », donc ordinelle.

http://www.youtube.com/watch?v=Yn6v7PafR6g

Du cure au care, du médecin vers l’infirmière

Ce mauvais rôle donné à  une infirmière déroge à  l’image d’Epinal qui veut que l’infirmière soit dans le dernier îlot d’humanité dans un monde de soins trop mécanique. Cette profession, qui figure parmi les plus féminisées, plus de 85% des employés sont des femmes, est mise sur l’autel de la bienfaisance depuis longtemps déjà . Là  où les médecins se préoccuperaient du cure, soigner, les infirmières se consacreraient au care, prendre soin. Le rééquilibrage dans le monde des soins actuels du premier vers le second, en phase avec la montée de l’individualisme et la stagnation, à  certains égards, du progrès médical, contribue à  mettre sous les projecteurs cette profession. Au chapitre de l’actualité, les infirmiers ont fait la une de la presse ces derniers temps à  propos de la reconnaissance de leur diplôme à  un niveau bac +3, le projet de réévaluation de leurs salaires en contrepartie d’une augmentation de leurs trimestres de cotisation, la création d’un Ordre des infirmiers obligatoire qui fait polémique, ou encore l’insuffisance des effectifs dans les hôpitaux et la pénurie d’étudiants formés pour faire face aux départs massifs à  la retraite prévus dans les prochaines années.

Le sens du devoir, l’attention portée aux autres, l’empathie avec les patients et leurs familles, leur technicité non-invasive, leurs regards aussi, sans condescendance et épris de sens, le sale boulot aussi parfois qui leur revient, sont autant de qualités qui confèrent à  cette profession les ferments d’une fantasmagorie contemporaine assumée dans un monde où le donnant-donnant semble résumer nombre de liens sociaux. Là  où d’autres prennent, les infirmières donnent. La raison tient peut-être en une humilité intrinsèque à  cette profession.

Vocation

Certes, tout n’est pas si rose et c’est bien l’infirmière Mallèvre qui s’est sentie habitée de la pensée néfaste de mettre fin pour leur bien de plusieurs patients âgés, et on doit aussi trouver dans cette profession son lot de pimbêches et de ratées, comme parfois aux dons du sang quand elles piquent à  côté, n’empêche ces femmes en blanc valent généralement le détour, par leurs atouts et leurs atours. Car les infirmières sont fantasmées. On trouve ainsi des déguisements pour des soirées revival, ou bien des rôles majeurs au cinéma. Comme dans le film Pearl Harbour, qui a généré son lot de vocations dès l’école primaire. Moi, cela m’aurait plutôt donné envie d’être pilote de chasse, mais chacun voit midi à  sa porte sous le soleil du Pacifique.

http://www.youtube.com/watch?v=u8tgjA857A4&feature=related

Et même sans infirmières, les soirées éponymes constituent la base même de la programmation du Macumba, où elles représentent l’assurance de recettes énormes tout comme l’ambiance et le plein de stéréotypes comme le montre la vidéo ci-dessous.

Ce métier n’est assurément pas le plus vieux du monde, qui est, rappelons-le aux esprits mal placés ou mal instruits, celui d’agriculteur, le métier de chasseur de mammouth ayant limogé l’ensemble de son personnel, mais appartient à  ceux les plus beaux dans le Panthéon des professions, au firmament de l’utilité sociale, dont les figures ornent les temples les plus anciens magnifiées par les grecs et les égyptiens, déesses de la bonté à  nulle autre pareille…

– Eh, oh, arrête ton char, ce ne sont que des infirmières, me dit mon voisin de chambre sous perfusion de réalisme.

– Pardon, ce doit être la Vicodin.


Pour en savoir plus:

Les infirmières: images d’une profession. (Mémoire en sociologie)

La participation des infirmières aux soins primaires dans six pays européens (Drees)

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