Le repassage c’est nul

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  • 29 mars 2010

repassage

Le repassage et moi c’est une histoire d’amour qui finit mal. Quand je regarde mon fer-centrale vapeur, le regard implorant, l’air déprimé, qui me demande de l’étreindre, je suis saisi d’un doute avant de me reprendre et de lui indiquer mon souhait de l’envoyer aux fers, à  Cayenne ou en Nouvelle-Calédonie, les mines pour le fer, nickel. Depuis si longtemps qu’il me nargue, dans sa boîte en cartons, avec son acolyte, la table à  repasser. Une sacrée paire ces deux-là . Il existe peut-être un délit pour cela. Une fois je lui demande ses papiers, espérant une reconduite à  la frontière de l’ineffable. Que nenni. En 18 langues, de l’indonésien, au chinois en passant par les langues européennes, son mode d’emploi ne faisait aucun doute sur son identité.

Le passé de cet objet plaide pourtant pour sa bienfaisance. Madame Moulinex peut en témoigner, elle qui a ainsi pu, entre autres libérer les femmes, pour qu’elles puissent regarder tranquille les émissions de téléachat au lieu d’aller au lavoir ou chauffer de vieilles pierres volcaniques. La preuve que le repassage n’est pas une activité noble réside dans l’absence de formations universitaires dédiées. On a bien l’astrologie, la science des huîtres, la polémologie, mais sur le repassage rien, juste un peu en histoire avec l’âge de fer et encore je ne suis pas certain qu’ils soient cousins.

moulinex

Cette haine du repassage est même célébrée, à  travers les siècles et la plus célèbre poésie orientale, comme en témoigne ce haïku japonais:

Tu n’es qu’un être de passage

Et enrage

Foutu repassage

http://video.google.com/videoplay?docid=-7903823495193900014#

Mais le fer à  repasser n’a pas d’honneur, pas de harakiri pour lui mais du haraquipleure pour moi.

Pour lutter contre cette aliénation, je plaide, contre cette invention du diable, pour des mesures concrètes et efficaces, qui n’ont donc aucune chance de passer l’étape de la commission législative du parlement. Mais puisque que crier seul dans le désert n’a jamais fait pleuvoir, et moi-même je ne comprends pas très bien ce que je veux dire par là , voici cette liste de résolutions que tout être sensé devrait promouvoir par delà  des montagnes que baignent le soleil levant.

La création d’une journée du repassage, à  l’instar des journées pour les personnes âgées ou contre le sida ce qui permettrait d’en parler beaucoup pendant une journée et ne plus agir pendant toutes les autres de l’année.

La mise en place d’un repassagepôle, sur le modèle des cancéropôles, dont l’objet serait de fédérer et organiser la recherche interdisciplinaire sur cette question épineuse, afin de faire émerger des propositions alternatives à  notre situation actuelle.

L’instauration d’une journée du Friday Bienrepassé. Une fois par semaine, on dirait le vendredi, cela vient de là  le Friday Wear, on s’habillerait en vêtements repassés pour se vautrer les six jours restants dans les vrais plis, les faux aussi, pas de jaloux.

La création d’une commission nationale du repassage, constituée de six députés et de six sénateurs, afin d’enterrer définitivement le sujet. Si par un malheureux hasard, cela ne suffisait pas, je propose de porter sur les fronts baptismaux de la république, une Haute Autorité du Repassage (la HAR, prononcez à  la suédoise, Haaaarrrrr)

La promotion du congé de repassage, sous forme de DIF (Droit Impossible à  Fer) à  raison de 21 jours par an pour toute personne en faisant la demande. Cela suppose l’accord des différents partenaires sociaux et des partis politiques, qui pourraient y voir une porte de sortie honorable pour ne plus laver leur linge sale en famille.

Car le repassage tue la planète mes amis. C’est ainsi près de deux tranches de centrales nucléaires qui nous servent à  alimenter nos maudits fers, sans parler des forêts équatoriales qui nous servent à  fabriquer nos planches à  repasser et toutes ces quantités de plastiques qui les revêtissent. Le temps gagné à  ne plus repasser est considérable. A raison de deux heures par semaine, voire beaucoup, beaucoup moins, on trouve ainsi une source de productivité supplémentaire. En effet, deux heures fois 52 semaines fois Pi fois hypoténuse du carré du triangle des Bermudes * 60 années de durée de vie moyenne du repasseur (avant 20 ans, c’est maman qui fait), cela nous donne 6240 heures dans toute une vie, soit 260 jours, plus d’une année de travail! Rendez-vous compte du scandale.

Cette année, nous pourrions largement la mettre à  profit pour manger des chips, relire 17 fois l’Iliade et l’Odyssée, ou bien travailler plus et cotiser plus. Par cette année gagnée, la fin du repassage permettrait d’abaisser l’âge légal de la retraite à  59 ans. Et je m’ébaubis moi-même en pensant que les syndicats n’y aient pas pensé avant.

Et au repas où je présentais cette idée révolutionnaire, je repris mon souffle et demandait:

– Tu me passes le sel?

– Tu me l’as déjà  demandé tout à  l’heure, tu veux dire tu me le repasses?

Quand je vous disais que j’étais poursuivi.

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Commentaires

  1. […] le repassage c’est nul, au début du mois de septembre je n’aurais plus de chemise à  me mettre, et sortir en Marcel […]