Communauté mon amour

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  • 24 mars 2010

Dans son éditorial de ce matin, Ouest-France annonce la publication prochaine d’un rapport sur la représentation des minorités dans les médias en France. Il s’agit de pointer du doigt le fait que la diversité n’est pas assez représentée dans les médias français. Cette arlésienne tourne au marronnier puisque cela fait désormais plusieurs années que le sujet est pointé du doigt avec insistance sans que les choses n’évoluent de manière notable. Moi, quand je vois Harry Roselmack ou Audrey Pulvar sur l’écran de télévision, je vois des présentateurs d’émission, pas des noirs. A l’heure de la télévision en couleurs, il serait dommage qu’elle revienne au noir et blanc et qu’elle ne se préoccupe que de l’apparence, le présentateur, et pas des milliers de gens qui la façonnent derrière les caméras.

Si l’idée peut paraître louable, celle de lutter contre des discriminations, donc une forme d’injustice, le moyen d’y parvenir m’apparaît plus dangereux que le mal.

En cédant aux sirènes du communautarisme avec des droits singuliers, on abandonne toute idée d’effort pour changer les comportements des individus en imaginant que la loi peut contraindre les pensées.

Cela pose également la question de la définition d’une communauté. Qui peut prétendre former une communauté? Sur quelle base? Peut-on appartenir à  une communauté sans le vouloir? Ou bien intégrer une communauté sans en avoir les caractéristiques partagées par la plupart de ses membres? Aux Etats-Unis, les habitants peuvent décider de choisir leur «  race », hispanique, causasien, afro-américain, asiatique parfois par le biais d’un test génétique En serait-il de même dans notre pays? Faudra-t-il prouver dorénavant l’origine de ses allèles?

Une communauté est-elle forcément historique? Quelle est la base de la confirmation de son appartenance? Si c’est la langue qui définit l’appartenance à  une communauté, le fait que je ne baragouine pas le breton me rend-il moins breton que Gaà«l Kerdoncuff qui a passé toute sa scolarité dans les écoles Diwan de Carhaix ? Et qui est propriétaire de sa communauté pour en décider des critères d’appartenance? Qu’est-ce qui fait ce que je suis, ma génétique, dont on voit qu’elle n’explique pas tout ce qu’est un être, ma culture, que je peux partager avec plein d’autres personnes, la couleur de mes yeux, le siège de toutes les émotions, mon genre, qui pourrait m’interdire la piscine à  des horaires pré-définis, ma religion, qui définit une partie de ce que je pense mais entraîne également parfois de profondes oppositions,mes actes, mes espoirs, le partage d’un même destin

Lors du débat sur l’identité nationale, Jacques Attali présentait la langue comme un socle d’une identité, de la singularité d’un peuple. Faut-il alors considérer les sourds, parce qu’ils disposent de la langue des signes, comme une communauté qui pourrait demander à  bénéficier de droits particuliers comme celui de pouvoir avoir des enfants eux-mêmes sourds, par sélection génétique, comme l’association des sourds britanniques l’exige depuis l’an dernier?

Et quid des cons, qui constituent tout de même la communauté la plus importante de tous les pays du monde. Leur internationale prendra-t-elle le pouvoir absolu sur le monde ou l’a-t-elle déjà ? J’appelle d’ailleurs tous les Mikaà«l à  lunettes marron à  se présenter à  mon domicile le jour de la fête de notre communauté, le 14 du mois d’août. En effet, notre défaut visuel est d’origine génétique, notre goût pour le marron d’origine culturelle, et notre nom est l’un des plus anciens, historiquement parlant, puisque qu’en hébreu il signifie «  Semblable à  Dieu ». Et oui on ne peut pas tous s’appeler Kevin.

On le voit le rapport avec la notion de communauté est complexe. Le droit de se réunir, de se rassembler, de créer des groupes est un droit fondamental. Mais, à  mon sens, il ne doit pas entraîner la création de castes dans notre société. Je ne connais pas beaucoup d’expériences de communautarisme légalisé qui n’aboutissent pas à  la division de la société et pour tout dire à  sa déchéance quand elles ne sont pas tout simplement inefficaces (Regardez cette photo des présidents de région PS pour mesurer l’impact de la loi sur la parité). En tombant dans cette facilité, nous abandonnerions l’exigence quotidienne, difficile, d’éduquer à  la diversité, et surtout celle de nous recréer une destinée nationale, un but à  atteindre, ensemble, une ambition qui porterait notre quotidien et nous rassemblerait pour donner un sens à  nos existences, au-delà  de la frénésie d’achats, toujours insatisfaisants, jamais rassasiants. Ce n’est pas la voie la plus facile, la plus droite ou la plus scintillante, mais c’est celle qui mène le plus loin.

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