La santé en prison

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  • 18 mars 2010

Le marathon des concours infirmiers continue. Aujourd’hui se déroulait celui des CHU de Bretagne. A Brest, le sujet portait sur la santé en prison avec en appui des questions un texte du Figaro en date du 16 janvier 2009 sur le suicide en prison.

Pourquoi autant d’étrangers en prison?

– D’abord il faut s’entendre sur ce que l’on dénomme un étranger. Est-ce une personne d’une nationalité autre que française ou bien une personne d’origine étrangère? Ce qui n’est pas la même chose. Par ailleurs, on compare ce taux de 21% de prisonniers étrangers dans nos prisons, à  la part des étrangers dans la population française, aux environs de 5 à  6%. Or une partie importante d’étrangers vit en France sous des formes clandestines, n’entrant pas alors dans les statistiques de la population générale mais entrant dans celle de la typologie des prisonniers.

– Ensuite, notre pays est un véritable carrefour en Europe. Entre la péninsule ibérique, italienne, l’Europe du nord, on le voit avec la transhumance estivale des touristes du nord qui se déplacent vers le sud. Il en est de même pour ce qui concerne les délits et les crimes. Ainsi, le phénomène du go fast, qui consiste à  circuler très vite sur les autoroutes à  bord de puissants bolides, touche plus la France entre les zones d’arrivée des drogues par exemple et les zones de revente. De plus, la présence de nombreuses frontières, fait que les mouvements de personnes sont plus amples par exemple en France que dans des îles comme la Grande-Bretagne.

– Au-delà  des ces remarques, on peut ajouter que les populations étrangères souffrent plus que d’autres de discrimination au travail, ce qui peut la plonger dans le chômage et l’oisiveté dont on sait qu’elle est la mère de tous les vices, et en particulier de la délinquance via le trafic de produits stupéfiants notamment qui permettent de générer des revenus importants.

– Enfin, les populations étrangères font, selon différentes études menées sur la question et en particulier par la ligue des droits de l’homme et l’observatoire des prisons, l’objet d’un plus grand nombre d’arrestations ou de contrôles d’identité. C’est ce que l’on appelle le contrôle au facies. En contrôlant plus grandement la population étrangère, il y a une certaine logique à  trouver plus de délinquants. Dans le domaine de la lutte contre la criminalité il y a peu de sérépendité, ce phénomène qui explique certaines découvertes par une forme de hasard itinérant. Ici, plus qu’ailleurs, on ne trouve que ce que l’on cherche. Cela semble également le cas en matière de condamnations judicaires.

– De nombreuses lois ont porté ces dernières années sur la lutte contre l’immigration clandestine. Celles-ci ont orienté l’action des forces de police vers la répression des entrées illégales sur le territoire français, qui rappelons-le comporte également, via les DOM-TOM, de nombreuses frontières, essentiellement maritimes, avec des pays dont le développement est beaucoup moins important que le nôtre et qui peut parfois sembler être un pays de cocagne.

En conclusion, il convient de se méfier de ses statistiques qui pourraient être utilisées à  des fins politiques et serviraient à  camoufler des réalités socio-économiques périlleuses derrière l’artifice d’un racisme latent qui fait de l’étranger un bouc-émissaire facile, d’autant plus quand il a contrevenu aux lois françaises. La diversité est une richesse à  condition d’en permettre l’expression sereine et d’affirmer l’ouverture de notre culture aux étrangers, ce que la France a toujours fait, accueillant de Léonard de Vinci à  Marie Curie en passant par Barbara Hendrix ou Milan Kundera, nombre de talents leur permettant de trouver dans notre pays un havre de paix et de lui redonner en retour une part de leur génie propre.

Que répondriez-vous à  ceux qui maintiennent que l’argent du contribuable ne devrait pas servir à  l’amélioration des conditions de détention?

Cette vision de la prison est communément admise par nombre de nos concitoyens qui veulent associer à  la privation de liberté des conditions d’emprisonnement difficiles, ou bien parfois sont tout simplement indifférents à  cette question qui n’est pas jugée prioritaire, surtout dans un contexte socio-économique tendu comme c’est le cas actuellement. Elle doit interroger la société dans son entier, car sans l’assentiment de l’opinion publique il est difficile de mobiliser des fonds importants nécessaires à  l’amélioration des conditions de détention.

L’opinion des personnes qui considèrent que l’argent public serait ainsi mal dépensé repose sur une représentation de la prison faussée par nombre de préjugés. Il est coutumier de penser que les prisonniers par exemple disposent tous d’une télévision dans leur cellule. Ce qui n’est pas toujours le cas d’une part et payant, à  un tarif largement supérieur au «  monde libre » pour ce qui n’est qu’une location. Beaucoup sont indigents, dans l’impossibilité d’améliorer leur ordinaire en achetant à  la «  cantine », une sorte de supermarché mobile à  l’intérieur de la prison qui propose des produits de première nécessité non fournis par l’administration pénitentiaire. Des opérations de portes ouvertes, sauf pour les prisonniers bien entendu, pourraient permettre de lutter contre ces a priori. C’est également ce que font les associations qui interviennent en prison, comme les visiteurs de prison ou bien l’association étudiante Génépi qui propose de donner des cours aux prisonniers. Cette association communique également beaucoup sur les conditions de vie en prison, en mettant en place par exemple une exposition itinérante avec une cellule type dans laquelle le public peut se rendre pour mieux se rendre compte des conditions de vie en prison. En particulier les conditions d’hygiène, l’accès aux soins et au suivi psychologique rendus nécessaires par le fort taux d’addiction aux drogues d’un grand nombre de prisonniers.

De plus, tous les rapports réalisés par les commissions parlementaires ou des organismes internationaux indépendants témoignent de l’état délabré de quantité de nos prisons. Si de nouvelles prisons ont été construites ces dernières années, il en reste encore d’anciennes, insalubres et pour tout dire indigne d’un pays comme le nôtre. Etre condamné à  la privation de liberté est une chose différente d’être condamné à  se défendre contre les rats qui errent dans les cellules la nuit venue, comme c’est parfois le cas.

Enfin, l’amélioration des conditions de détention passe par un rééquilibrage entre le nombre de détenus, environ 63.000 contre 50.000 places disponibles, et le type de prisons, maisons d’arrêts, prisons, quartier de haute sécurité, quartiers hommes, femmes, jeunes Ce qui suppose, en fonction des lois en vigueur, la construction de nouvelles prisons à  taille humaine. La promiscuité entraîne des actes horribles que la loi même réprouve. Sans compter que cet apaisement aurait également un bénéfice pour le personnel surveillant qui souffre lui aussi de conditions de travail dégradées par ces tensions. La recrudescence du nombre de suicides, environ 10 fois supérieur à  leur nombre en dehors des prisons, a permis cette prise de conscience sans que clairement les résultats, pour l’heure, soient à  la hauteur des attentes.

Enfin, l’amélioration des conditions de détention représente le double-avantage pour la population non-emprisonnée, un, de respecter le principe, tant que faire se peut, d’un respect des personnes incarcérées en prévention, avant d’être jugées, et dont certaines ne seront jamais condamnées parce qu’innocentes, deux, de respecter les personnes qui au final peuvent être rejugées et déclarées innocentes, tel Patrick Dils, qui a passé plusieurs années en prison dans des conditions effroyables, violenté, violé, alors qu’au final il était innocent, ce qui est injustice absolue, trois de prévenir la récidive. Sur ce dernier point, la société dans son entier a intérêt que l’ancien prisonnier comprenne ses manquements et améliore son comportement afin de ne pas rechuter. Or la majorité des prisonniers récidive. Car ils ne trouvent pas assez de soutien, moral, financier, psychologique, médical parfois quand ils sortent de prison après leur peine. Cela suppose la mise en place d’actions correctives sur le nombre de places, sur les systèmes de substitution à  la prison, comme le bracelet électronique, sur la présence de personnel soignant et d’éducation dans les prisons, afin que cette période douloureuse pour tous, le prisonnier et sa famille, les victimes aussi, la société en général, débouche sur une amélioration et non une spirale sécuritaire dangereuse pour les libertés individuelles et publiques dans leur ensemble. Et ce sans déroger à  l’intransigeance nécessaire à  l’encontre de ceux qui ne respectent pas les règles de la société et perturbent son bon fonctionnement. Le respect des droits de l’Homme, dont nous avons fêté le 60ème anniversaire de la déclaration il y a deux ans, ne s’arrête pas aux murs des prisons, si hauts soient-ils.

Pour conclure, même privée de liberté, un prisonnier reste une personne humaine. L’éthique médicale nous apprend que l’un de ses principes fondateurs est le respect de la dignité de l’être humain, en toutes circonstances. En respectant les prisonniers en tant qu’être humain, nous nous respectons également et évitons de tomber dans une bestialité dangereuse où la notion même de justice perdrait son sens.

http://video.google.fr/videoplay?docid=-6807617255885424003&ei=UEWhS4_UI9nm-AaKq9ShDQ&q=la+santé+en+prison&hl=fr#

En savoir plus.

Les actes d’un colloque sur la santé en prison

Un article de 20 minutes sur l’état des prisons françaises

Le site de l’observatoire internationale des prisons

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Commentaires

  1. cramberry dit :

    Dommage que la santé en prison en soit à  ce point 🙁 article très complet, merci

  2. julie dit :

    Merci beaucoup pour tout, les corrigés et les reportages pile dans le sujet qui nous aident à  nous faire notre propre réflexion, en parallèle à  la correction. Si j’ai mon concours je vous le devrai un peu.
    Merci!