Pourquoi le monde gaspille-t-il autant de nourriture ? (Correction Ifsi Le Havre)

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  • 11 mars 2010

Ce sujet a été donné aux étudiants préparant le concours d’entrée en école de soins infirmiers (IFSI) du Havre en mars 2010. L’article « Pourquoi le monde gaspille-t-il autant de nourriture » est tiré du journal Le Monde en date du 12 décembre 2009. Le texte qui suite n’est qu’une proposition de réponse. Elle n’est pas exhaustive et ne fait pas office de corrigé. L’orthographe, l’expression écrite et la syntaxe comptent pour trois points.


Question 1. Quel est le problème évoqué dans le texte? Quelles populations sont concernées? Quelles sont les conséquences de ce problème? Qu’en pensez-vous?

Dans ce texte publié dans le quotidien de référence Le Monde, Gaà«lle Dupont, la journaliste évoque la question du gaspillage de nourriture à  l’échelle de la planète toute entière. Cela concerne aussi bien les particuliers qui jettent des aliments à  la poubelle que les entreprises de distribution qui ne commercialisent plus certains produits en raison de leur date de péremption ou de leur apparence qui les rendent impropres à  la consommation. Aux Etats-Unis, précise-t-elle, 40% de la nourriture achetée ne serait pas consommée. Et le phénomène n’est pas propre aux riches américains. Même les pays les plus pauvres du monde sont concernés. Ce qui peut paraître paradoxal quand on sait que près d’un milliard de personnes souffre de la malnutrition à  travers le monde, et ce essentiellement dans ces pays en voie de développement. Les proportions de ce «  gâchis » de nourriture interpellent. Les conséquences sont nombreuses.

Du point de vue écologique, ce gaspillage considérable entraîne une consommation de matières premières inutile. Des matières premières agricoles, d’origine animales et végétales, entrant dans la composition des produits. Des matières premières fossiles pour générer l’énergie nécessaire à  la culture des aliments ou pour le transport de ceux-ci près des centres de transformation et de consommation. Sans compter les pesticides utilisés pour améliorer la productivité de l’agriculture et dont on trouve des résidus dans nos nappes phréatiques, dans les produits traités et qui sont en outre extrêmement dangereux pour la santé des agriculteurs eux-mêmes qui les utilisent au quotidien. Et ce dans un contexte où les préoccupations environnementales n’ont jamais été aussi fortes à  travers le monde. Si le sommet de Copenhague s’est conclu sur un semi-échec, aux dires des observateurs, que les satiristes ont rebaptisé Flopenhague, il n’en reste pas moins que la conscience des populations n’a jamais été aussi éveillée sur cette question. On peut alors se demander pourquoi cette prise de conscience n’engendre pas des actes quotidiens, banals et faciles à  mettre en œuvre comme n’acheter que ce que l’on consomme. Ainsi, un steak haché, acheté en grande surface qui serait jeté à  la poubelle nécessite pour sa production l’équivalent de la consommation d’eau d’une personne qui prendrait une douche par jour pendant un an soit 20.000 litres. Le chiffre se révèle édifiant. Mais ce n’est pas tout. La masse de déchets ainsi produite suppose, au moins dans les pays industrialisés, une collecte, un tri et un recyclage, pour créer d’autres matières premières dites matières premières secondaires ou pour être incinérées.

Cela engendre une autre conséquence, économique cette fois. Car le traitement des déchets ménagers représente un coût financier pour les ménages et les collectivités qui se paient par une taxe locale, appelée TEOM, dont le montant ne cesse de grimper chaque année. De plus, les entreprises de distribution alimentaires qui pour des raisons liées à  la loi, en ce qui concerne les dates de péremption, ou au marketing, l’apparence des produits, contribuent à  ce gaspillage. Ces pertes, non chiffrées dans cet article, sont intégrées aux prix des produits vendus ce qui contribue à  leur surenchérissement dans un contexte de crise économique et sociale dont des millions de personnes souffrent. Le «  succès » des campagnes des Restos du Cœur nous le démontrent hélas chaque année. En 2009, l’association fondée par l’humoriste Coluche, a servi 100 millions de repas à  800.000 personnes qui éprouvaient de grandes difficultés à  se nourrir.

Alors que certains spécialistes de l’agriculture nous indiquent qu’avec notre niveau de consommation actuel il nous faudrait une deuxième terre à  l’horizon 2050, la terre devrait alors compter 9 milliards d’habitants contre 6,7 milliards aujourd’hui, le phénomène évoqué dans ce texte mérite une réflexion approfondie des citoyens et des gouvernements. «  La meilleure source d’énergie est l’énergie que l’on ne consomme pas », informe le slogan de l’Ademe, organisme d’Etat en charge de la maîtrise de l’énergie en France. Il en va de même pour la nourriture. Passer d’un système agricole productiviste et intensif à  un modèle plus respectueux de la nature mais néanmoins capable de nourrir l’ensemble des êtres humains de manière adéquate va supposer de longs et coûteux efforts qu’il nous faut entreprendre collectivement et sereinement au plus tôt. Cela incité à  promouvoir un nouveau système de régulation et de gouvernance au niveau mondial.

Question 2. Quelles sont les causes du gaspillage alimentaires et des pertes alimentaires évoquées dans ce texte? Commentez.

«  Montre moi ta poubelle, je te dirais qui tu es ». La sentence peut étonner l’état de nos poubelles dit beaucoup de notre mode de consommation.

Les principales pertes résident dans le secteur de la distribution. Un fruit abîmé, une baguette non-vendue à  al fin de la journée, une date de péremption en passe d’être dépassée et c’est direction la benne à  ordures. Les consignes des grandes surfaces sont claires de ce point de vue. A la fois pour des raisons législatives, qui interdisent de commercialiser des produits dont la date limite de consommation serait dépassé et même de les donner, alors que leurs qualités organoleptiques sont préservées, et qu’elles ne représentent pas un danger sanitaire majeur, et pour des raisons mercatiques qui poussent à  ne présenter que de beaux produits dont le but est d’aguicher le consommateur. De plus, les filières de production angoissent à  l’idée d’un scandale alimentaire comme ceux qui ont pu toucher la Chine récemment avec le scandale du lait contaminé à  la mélamime, ou bien du bœuf aux hormones aux USA, ou encore de la vache folle. Nul ne veut prendre le risque d’être soumis à  la vindicte médiatique qui se paie comptant.

Le secteur de la restauration collective n’est pas exempt de cette folie du gaspillage. Dans les cantines scolaires, la préparation des repas se réalise dans des énormes cuisines centrales qui préparent les repas qui sont ensuite livrées dans les écoles. Tenues par des contraintes tarifaires serrées, ces entreprises proposent des repas qui ne sont généralement pas du goût des enfants qui ne consomment qu’en partie le menu proposé, au grand dam de leurs parents et des collectivités qui financent ces repas. Au-delà  de la question diététique, se pose la problématique de notre rapport à  l’alimentation et aux quantités. Dans les restaurants, à  l’exception notable des lieux gastronomiques, la quantité prime souvent sur la qualité. Certaines enseignes proposent même des repas illimités, à  la manière des forfaits téléphoniques, où le consommateur paie l’assiette et peut se resservir autant de fois qu’il veut. Cela augmente le risque que la deuxième ou troisième assiette ne soit pas terminée et finisse dans la poubelle du restaurant.

Enfin, la responsabilité tient également aux individus. D’une part, parce que ce sont les consommateurs des deux secteurs évoqués ci-dessus. D’autre part, parce que nous sommes tous des consommateurs de nourriture. Mus par le phénomène d’alliesthésie, qui nous amènent à  acheter plus que nous avons besoin par exemple quand nous avons le ventre en tenaille, ou bien assoiffés de promotions diverses, deux achetés le troisième offert par exemple, nous remplissons nos chariots de produits que nous ne consommerons pas. De plus, le prix des produits alimentaires a considérablement baissé, en rapport avec l’augmentation de nos revenus, comme le souligne le texte. De fait, l’alimentation est un enjeu moins crucial pour beaucoup d’entre nous. Elle coûte moins cher, est achetable quasiment 7j/7j, avec des horaires étendus, elle perd donc de sa valeur à  nos yeux. Ce qui nous amène à  nous sentir moins coupable quand nous jetons de la nourriture.

http://www.youtube.com/watch?v=g7MXRYZM2Rk

Question 3. Expliquez la méthode employée par les physiologistes de l’institut national de la santé américain pour aboutir à  leur estimation. Commentez les résultats. « Le poids moyen d’un américain a augmenté de 10kg entre 1970 et 2009 ». Qu’en pensez-vous? Quelles sont les causes de cette augmentation de poids, selon vous? Quelles peuvent être les incidences sur la santé de ces personnes?

Les résultats de l’étude menée par les physiologistes de l’institut national de la santé américain peuvent surprendre. Les américains jettent plus de produits mais prennent aussi du poids. Cela tient en plusieurs facteurs qui ne concernent pas que les achats de produits alimentaires mais nos conditions de vie d’une manière générale. Il est à  noter d’ailleurs, que si les Etats-Unis sont souvent décriés pour leur taux d’obésité et font figure de poids-lourd dans le domaine, le phénomène n’a pas de frontières et touche désormais également la France et bien d’autres pays au niveau des adultes comme des enfants.

La quantité de nourriture est une chose, sa qualité en est une autre. Or avec le développement de l’industrie agro-alimentaire, les produits ont intégré en nombre des composants qui étaient moins présents dans le cadre d’une cuisine plus artisanale. Les plats surgelés, qui sont une solution facile pour se nourrir dans une société chronophage, regorgent de sels, de conservateurs, de sucres divers, de matières grasses saturées qui pèsent sur notre santé.

De plus, la diminution du temps de sommeil, lié à  la désynchronisation de nos activités avec nos temps biologiques interfèrent avec notre prise de poids. «  Qui dort dîne » dit l’adage populaire. Le contraire est vrai. Plusieurs études montrent un lien entre un sommeil insuffisant et la prise de poids, en particulier pour les petits dormeurs, moins de cinq heures par nuit. En manque de sommeil, le cerveau secrète moins d’hormones qui métabolisent les graisses et qui permettent la régulation de l’appétit. De plus la fatigue générée par l’insuffisance de sommeil est un facteur décourageant la pratique d’un sport et favorise le grignotage, vecteur de prise de poids.

Or on le sait, la pratique sportive est non seulement nécessaire pour le bien-être d’un individu, d’un point psychologique et physique, mais elle permet également de réguler son poids, et notamment la répartition graisse-muscle. Force est de constater que nos activités, professionnelles, culturelles, personnelles, sont de plus en plus sédentaires. Cela n’est pas valable pour l’ensemble de la population. Et les Etats-Unis n’échappent à  cette hétérogénéité. Ainsi, en Californie se côtoient des obèses et des amateurs de jogging et de fitness en grand nombre. Pour des raisons économiques, l’obésité touche plus les classes pauvres de la population, celle-là  même qui souffrent déjà  grandement de leur absence de moyens financiers.

Les conséquences pour les personnes souffrant de surpoids, un tiers de la population française, et a fortiori d’obésité, 12%, sont multiples. Sanitaires d’abord, avec des risques de maladies cardio-vasculaires et de diabète surmultipliés. Psychologiques ensuite, au niveau de l’apparence, de l’image de soi renvoyée aux autres qui importe dans une société de casting comme la nôtre, ainsi que la surnomme le sociologique Gérard Mermet. Professionnelles enfin, car l’obésité est un élément de discrimination dans la recherche d’un travail. C’est le cas en France, et surtout aux Etats-Unis, où le dispositif d’assurance-maladie est financé en grande partie par les entreprises qui rechignent parfois à  recruter un collaborateur qui pourrait leur coûter cher en matière de frais de santé.

Alors que plus de 800 millions souffrent de surpoids dans le monde, qui se définit par un indice de masse corporelle, rapport entre le poids en kilos et la taille au carré, supérieur à  25, près d’un milliard de personnes souffrent de mal-nutrition. En Corée du nord, dans la corne de l’Afrique, dans certaines régions de l’Inde, chaque jour des personnes meurent de faim. 24 millions de personnes en meurent chaque année, soit une toutes les 4 secondes. Soit 1.800 pendant la durée de cette épreuve de culture générale!

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Commentaires

  1. Prislea dit :

    Bonjour,
    Je vous remercie pour le travail fait en corrigeant ce sujet. Ca me permet de mieux voir comment aborder cet exercice.

    Le sujet est très bien développé, mais en 2h on pourrait ne pas s’étendre sur les réponses. Juste dire l’essentiel en respectant le fond et la forme…





     

  2. mcabon dit :

    Et bien merci. Les questions ne sont pas difficiles à  mon sens. Ce sont les réponses qui le sont. Car le texte est très dense il même à  la fois la question des pays occidentaux et en voie de développement, des usages, des consommateurs, des distributeurs, parle à  la fois d’écologie, de politique, de culture, de socio-anthropologie… On a donc à  la fois le niveau géographique, thématique et subjectif. Bref, c’est un très bon article mais cela le rend difficile à  cerner.

  3. wilou dit :

    Super boulot, merci bien de l’effort effectué. C’est certes trop riche pour être pondu en 2h devant une copie, mais c’est un excellent exemple.

  4. fafa dit :

    oui je suis tout à  fait d’accord, les questions sont difficiles cependant, certains ont eu des sujets assez abordables…

  5. clariond dit :

    j’ai comme l’impression que les questions sont plus difficiles que celles habituellement étudiées?c’est trop vaste.à  moins que ce soit le stress qui monte.

  6. fafa dit :

    bonjour,

    je  prépare le concours d’infirmière, et j’avoue qu’en lisant votre texte, je me dit que moi je serais incapable de faire cela !