Dernière minute. Information exclusive. La grève des déguisements

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  • 28 février 2010

Nouvelle histoire pour enfants, écrite sous la forme d’un cadavre exquis par cinq cousins et cousines.

Par Juliette et Adam Riaboff, Ethan Virapin, et Poème et Venise Cabon

carnaval

Il était une fois une veille de Mardi gras. L’assemblée des enfants se préparait à  une fête grandiose. Le thème du carnaval cette année-là  était les six continents. L’Afrique, l’Asie, l’Amérique, l’Océanie, l’Europe et l’Arctique étaient donc à  l’honneur. A la veille de la fête, les enfants ressortaient les déguisements qu’ils avaient préparés avec beaucoup d’attention et surtout l’aide de leurs parents. C’était sans compter une surprise de taille qui allait les saisir d’effroi et de stupeur mêlés.

En effet, en ces temps difficiles pour l’économie mondiale, tous les secteurs d’activités subissaient le contrecoup de la croissance négative et des tensions salariales qui l’accompagnaient comme l’ombre poursuit le soleil. Le monde du déguisement n’échappait pas à  ces inquiétudes. Associées à  un changement de comportement de la part des enfants, la confédération des déguisements en avaient trop marre. Elle venait de décider d’une grève reconductible dans l’attente que ses revendications soient prises en compte.

Au sein du groupe, on trouvait là  tous les représentants des continents.

  • Y’en a marre, dit l’amputator, venu des USA, dont le noir et blanc dominaient les vêtements.
  • Oui, y’en a marre, reprit Zala, l’africaine, en jaune, marron, noir et rouge, et dont le pagne, haut et bas, était réalisé à  partir de fibres de noix de coco.
  • Je dirais même plus, y’en a marre dit Dant, l’océanien, qui était un déguisement tricolore, bleu-blanc-rouge, comme le drapeau de la France, mais meilleur au foot tout de même.
  • Nous devons réagir, précisa Safir, mélange d’Europe et d’Asie, avec son masque vénitien aux plumes roses de Dodo, cet oiseau disparu et pourtant si célèbre, et de pierres précieuses dont un immense diamant étincelant au centre du diadème, et sa robe bleu azur du costume traditionnel chinois, découpée dans de la soie rare.
  • Je propose que nous listions nos revendications, insista Venezia, venu d’Italie et comme vous l’aurez compris, de Venise.

L’arctique n’était pas représenté. Le représentant de la Confédération Générale des pingouins Transis (CGT) avait loupé l’iceberg de 17 h 30 qui devait l’amener à  la gare du Carnaval. «  Espèce d’espingouin », avait commenté Dant à  l’annonce de cette absence ce qui avait entraîné un long débat sur l’identité des déguisements et avait failli provoquer un casus-belli entre les différents participants.

La liste était longue, un véritable inventaire à  la Prévert. «

Les enfants pètent dans nous, sont trop gros pour nos petits corps,

nous laissent avec les araignées toute l’année durant sauf pour le carnaval,

nos déchirures ne sont jamais reprises par des coutures,

les enfants nous jettent en boule sans même prendre le soin de nous plier et de nous ranger correctement dans le placard,

ils tirent sur nos manches pour nous revêtir sans se rendre compte que cela nous fait mal,

ils ne nous lavent jamais avec du savon, sans parler du repassage, que l’on croirait réservé à  des vêtements plus nobles ou plus utiles, plus quotidiens,

on nous manque de respect, jamais un merci pour services rendus après nous avoir utilisé et paradé et reçu les compliments à  notre place. Leur beauté est la nôtre.

Et vas-y que je te salis avec de la boue, quand il pleut, de la glace à  la fraise, alors que l’on déteste cela, que l’on nous déchire en tombant par terre pour avoir couru derrière Kevin, le petit démon de la classe-double de CE1-CE2, ou bien poursuivi Magali et Laurie pour regarder sous leurs jupes.

Bref, les déguisements, tout comme le syndicat des décorations d'Afrique (SDA), n’étaient pas contents et comptaient bien le faire savoir.

  • Nous ne cèderons pas, dit Dant.
  • Il faut interrompre notre travail, dit Safir
  • Y’en a trop marre, reprit Venezia, même si c’est bientôt le Carnaval, qu’elle adorait car cela lui permettait de mettre son charme en avant, elle qui était très coquette.
  • Profitons-en, chers confrères, et utilisons le carnaval comme une arme, dit l’amputator, à  qui il manquait un bras de chemise, anomalie dont il tirait son nom et non pas d’une éventuelle déviance mentale.
  • Oui, la solution c’est de dire non, affirma Zala, qui venait de retirer de ses poches, de gros anneaux dorés.
  • La grève immédiate voilà  notre action, hurlèrent-ils.

Si bien que le matin du carnaval, le mot d’ordre ayant été repris sur tous les continents, par des millions de déguisements en colère, les vêtements se retrouvèrent pour des sit-in, ces manifestations assises, dans toutes les rues du monde et toutes les cours d’école de l’univers.

FO, la force des déguisements Obscurs, n’avait pas souhaité participer à  cette grève générale, considérant que ses revendications sur le prix du ticket goûter n’étaient pas assez prises en compte. Mais peu importe, l’union des déguisements n’était pas de façade et tous avançaient fédérés comme au premier jour du syndicalisme des déguisements il y a bien longtemps de cela. Les slogans fusaient.

  • Carnaval t’es foutu, les déguisements sont dans la rue
  • Non, non, non, le pouvoir de dire non
  • Déguisements en colère, Carnaval dans la galère
  • Stop the fight, do the right, proclamait la fédération des déguisements-travailleurs américains qui n’avaient pas bien compris les consignes.

Ce mardi matin-là , la cohue était immense dans les rues des principales du monde. D’importants embouteillages commençaient à  apparaître. A New-York, les taxis jaunes n’avançaient plus. A Paris, les vélos dépassaient les autos. A Venise, les bateaux-mouches ne volaient plus. Au Caire, en Egypte, les momies s’étaient jointes au mouvement. A Marrakech, Sabine la coquine avait mobilisé tous ses réseaux pour que la journée soit un succès. A Fort-de-France, les vahinés étaient gonflées à  bloc. A Port au prince, en Haïti, le carnaval avait été annulé en raison d’un séisme qui empêchaient tous les enfants encore vivants de le fêter. A Athènes, les déguisements s’étaient changés en statue, lors d’une manifestation-freezing, pendant laquelle personne ne bougeait pendant de longues minutes.

La planète entière, grâce à  la fée télévision, pouvait assister à  ce spectacle dantesque, grandiose et effrayant à  la fois, d’artères, de rues et d’avenues, et même de ruelles sans issue, bloquées par l’action des ces millions, peut-être même de milliards, de déguisements en colère.

La mobilisation était telle que les plus hautes autorités avaient été obligées de se réunir pour résoudre la crise.

Dant, L’amputator, Venezia, Safir et Zala avaient été convoqués par le G20 (le club des dirigeants les plus intelligents puisqu’ils avaient 20 «  J’ai 20 »). Avant d’entrer dans la salle de réunion, ils se décidèrent à  être très fermes et à  ne pas retourner leur vest.

Sur les porte-manteaux mis à  leur disposition autour de la table, les représentants syndicaux avaient fière allure. Leurs visages décontractés contrastaient avec la fatigue de ceux de leurs interlocuteurs. Nicolas Sarkozy, le président de la France, implora l’arrêt de la grève des déguisements. Son fils Louis devait se déguiser en géant vert et ne voulait pas remettre à  plus tard sa divine surprise. Le président américain, Barack Obama, dit «  My daughters want to be Hannah Montana. Yes, they can. ». Ce qui voulait dire, mes filles très cocottes veulent se déguiser en poules. Oui elles peuvent ».

Après d’interminables discussions, qui durèrent une journée entière, sans boire et sans manger, ils parvinrent à  un accord. Un salaire minimum, 27 bonbons par jour de travail, le droit à  des vacances, au grand air pour éviter les ravages des mites, le droit à  élire des représentants dans tous les comités Théodule de la planète, ce qui fit beaucoup avancer les négociations sur le réchauffement climatique (car les représentants des déguisements chinois, américains, indiens et européens, mirent tout leur poids dans la balance et la machine à  laver pour convaincre leurs gouvernements respectifs de respecter l’environnement en interdisant notamment les phosphates dans les lessives). Quasiment tout ce que Safir, Dant, Amputator, Venezia et Zala avaient demandé leur fut accordé, à  l’exception d’un jour férié le jour du carnaval qui avait été considéré comme «  un abus intolérable » par les représentants des grands pays.

Comme nous étions le mardi soir et que le carnaval aurait dû avoir lieu ce jour-là , il fut décidé de le remettre au lendemain, le mercredi. Mais comme dans beaucoup de pays il n’y avait pas école ce jour-là , il fut décidé de remettre le mardi-gras au jeudi. A partir de ce moment-là , le carnaval eut désormais lieu le jeudi que l’on appela donc Jeudi-Gras pour la plus grande satisfaction des déguisements puisque ce jour-là  il était de coutume que l’on mangeât des frites à  la cantine.

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Commentaires

  1. mcabon dit :

    Bien joué Justine. Tu as tout bon et viens de gagner ta place au G20. Si tu pouvais faire diminuer les impôts…

     

    MC

  2. Riaboff Justine dit :

    elle est bien votre histoire je pari que : Amputator= Adam, Zala =Juliette, Dant= Ethan, Safir= Poème et que Venezia= Venise !!!!!! 🙂 Dites-le moi si je me suis trompée, OK?? 😉
     

  3. Riaboff Justine dit :

    Cc c votre cousine chérie !!! <3 Vous allez bien mes petits  loups!!!!! :)    !!!!!   😉 je  vous adore et aussi cc tonton!!! et tout le monde!!!!