La fabuleuse et malheureuse histoire du bonhomme de neige qui voulait perdre du poids

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  • 9 janvier 2010

Régulièrement avec mes filles, j’écris des histoires. Je mets sur le clavier, pose des questions et attends que l’histoire se construise en fonction de leurs préoccupations, du temps présent, des idées qui passent et de l’inspiration qui n’est, comme chacun le sait que transpiration. Voici notre dernière oeuvre en ces jours de neige en Bretagne, et après quelques batailles épiques dans le jardin. Si le coeur vous en dit, vous pouvez lire les autres histoires en cliquant sur le titre de chacune d’elles :

Trois sirènes danseuses

Le panda qui avait peur du dentiste

Le trésor perdu des pandas farceurs

Paroles : Venise et Poème

Musique et clavier : MC M.C.


Accrochez vos ceintures, fermez les égoutilles, résonnez haut-bois, sonnez musettes, c’est parti.

Il était une froid… euh non, il était une fois un bonhomme de neige qui se trouvait trop gros. Appelons-le Muk, qui veut dire en inuit quelque chose dont personne ne se rappelle. Il était arrivé dans ce jardin brestois un jour de tempête de neige, un peu avant la fin décembre. Alors que les préparatifs de cette grande fête battait son plein, Muk était triste et inquiet : il se trouvait trop gros et tous les autres bonshommes de neige se moquaient de lui. «  Eh la baleine, t’arriveras jamais à  rentrer dans ta maison avec ta bedaine », le narguaient les autres bonshommes de neige plus sveltes. Déjà  l’an dernier, il avait pris la bonne résolution de perdre du poids. Mais plus facile à  dire qu’à  faire. Devant toute cette neige qui ne cessait de tomber, il avait succombé à  la tentation en dévorant de nombreuses boules qui lui pesaient maintenant sur l’estomac. «  Ouh, la la la, si je suis comme cela, aussi gros, pour la fête de Noà«l, le père Noà«l va penser que je n’ai pas été assez sage pendant l’année, et les cadeaux me passeront sous la carotte ». C’était décidé, il lui fallait maigrir. Nous étions à  l’avant-veille de Noà«l. La situation était donc très urgente. Il réfléchit pendant deux jours sans trouver de solutions. Il était tellement stressé à  l’idée de ne pas maigrir qu’il engouffrait toute la journée des gaufres de flocons, des coulis de glaces verglacées, des coquillettes gelées, bref tout ce qui passait par là . Si bien que le jour de Noà«l arriva et il était encore plus gros et ressemblait de loin à  une baleine des neiges échouée au milieu du jardin.

Muk, le bonhomme de neige

Muk, le bonhomme de neige

Le 24 décembre, peu avant minuit, un père Noà«l arriva sur son traîneau avec ses deux rennes : Charles-Edouard, noble et tendre avec sa jambe de statue, et Kevin, le plus petit et le plus coquin des deux.

  • «  Alors, mon petit Muk, tu as été sage cette année ? », demanda le père Noà«l.
  • «  Euh, oui », répondit timidement le bonhomme de neige.
  • «  N’est-ce pas toi Muk, qui m’avait demandé l’an dernier de somptueux cadeaux, en plus des habituelles carottes, pour maigrir un peu, toi qui te trouvait trop gros ? »
  • «  Oui, Père Noà«l. C’est vrai ».
  • «  Alors, qu’as-tu fait de mes présents? »
  • «  De l’indicatif, monsieur le Père Noà«l »
  • «  Mais non, je te parle du passé, pas du présent »
  • «  Imparfait ? »
  • «  Imparfait c’est ce que tu es », dit le Père Noà«l qui n’aimait pas que l’on se moque de lui. «  Pourquoi es-tu si gros ? »
  • «  C’est à  cause de la télé des neiges et des chips congelées. Je la regarde toute la journée en m’enfournant des chips congelées tant que je peux ».
  • «  Et que disent tes parents ? »
  • «  Mes parents sont partis et ne reviennent quasiment jamais me voir. Leur travail les empêche de jouer avec moi et ils me laissent toute la journée tout seul. »
  • «  Je vois. Tu es victime de négligence parentale. Nous allons arranger cela ».

Et le père Noà«l lui mit dans ses bras de paille un billet d’avion pour la Thaïlande.

  • «  Tu verras, tu y seras très bien. Ils ne voient que très rarement de bonshommes de neige. Ils vont t’adorer et tu perdras du poids. Par contre, n’oublie pas tu dois rentrer avant le 1er janvier, sinon tu pourrais disparaître à  tout jamais ».
  • «  D’accord, Monsieur Noà«l. Je ferai ce que vous dites. Etes-vous certain que cela va marcher? »
  • «  Oui, si tu mets des baskets ».

Muk prit l’avion dès le lendemain. A l’aéroport, il passa les portiques de sécurité sans problème. Un douanier lui demanda de déclarer ses biens, Muk répondit : «  une carotte, un peu pourrie et plus très fraîche, deux olives vertes venues du pays Berbère, de la mousse pour mes cheveux ». La compagnie aérienne, Air Vert Glacé, lui factura les kilos en trop et deux places dans l’avion.

A son arrivée dans la capitale thaïlandaise, Bangkok, il suffoqua presque tant il faisait chaud, même dans les plus grands hôtels. Lui qui n’avait jamais quitté le pays de sa naissance, découvrait un monde luxuriant. Pomelos, Mangue, Durian, Pommes fraîches, et pleins d’autres fruits poussaient à  même les arbres dans la ville animée.

La Thaïlande et ses ronds chapeaux

La Thaïlande et ses ronds chapeaux

Il sentit une goutte de sueur dégouliner sur son front. Avant de prendre le car pour se rendre sur la côte thaïlandaise, il se sentait beaucoup plus léger. Dans le car, par contre, l’air climatisé l’inquiétait. Sa fraîcheur l’empêchait de perdre du poids. A côté de lui, un ministre de la Culture écrivait un discours de bienvenue à  Hannah Montana, une pop-star américaine célèbre pour sa chanson : «  Rock Star » dont l’air enjoué enchantait petits et grands. Cela commençait ainsi : «  Entre ici Hannah Montana, dans le parc des princes municipal de Phuket, nous t’avons préparé des surprises et… un bonhomme de neige. Un bonhomme de neige, s’exclama le ministre. Mais que faites-vous ici ? Etes-vous thaïlandais? ».

  • «  Je suis du pays qui m’accueille. Je vais au gré du vent et des flocons, des nuages et des désirs d’enfants. Je suis partout et nulle part », philosopha Muk, qui prenait plaisir à  réciter des phrases qu’il avait lu dans les journaux qui lui arrivait parfois, en fonction des vents, en plein dans la face.
  • «  Très bien, dit le ministre. Bienvenue. Mais vous ne pensez avoir trop chaud dans ce pays ? »
  • «  Justement, c’est pour cela que je suis venu. Je veux perdre du poids car je me trouve trop gras ».
  • «  Je vous trouve quant à  moi parfait comme cela. Pas gras du tout, pas gras pour un sou », sourit le ministre dont les lèvres montraient la moquerie.

Mais déjà  le car arrivait à  destination. Muk sortit avec les autres passagers du car. La plage lui tendait les bras, l’océan par la même occasion. Il se rua vers la plage, mit son maillot de bains blanc avec de petites fleurs roses, et se lança vers la mer, en éclaboussant tous les touristes dès son arrivée dans l’eau. A peine entrée dans l’eau chaude de la mer de Chine, Muk se sentit léger. En sortant de l’eau, il en comprit la raison : ses pieds avaient fondu de moitié. «  Chouette, pensa Muk. Je sens que je vais me plaire ici ». Deux jeunes allemands venaient près de lui pour lui proposer une course vers le plongeoir. Muk accepta mais il ne savait pas nager et perdit la course.

«  C’est nous les vainqueurs, looser », lancèrent les jeunes touristes.

Muk se sentit triste. Il mettait sa défaite sur le compte de son poids et décida de rester sur la place, jour et nuit. Le jour, il perdait du poids, mais la nuit, qui était très froide, il en reprenait. Obnubilé par son régime, il se mit à  manger des bananes en les cueillant sur les arbres fruitiers. Et il recommença à  prendre du poids. Pendant trois jours, il s’efforça de ne rien avaler. Son poids chuta de moitié. Un homme sympathique lui proposa un anorak pour la nuit.

  • «  Non merci, Monsieur, répondit Muk. Je ne suis pas Anorakxique. Je suis ici pour perdre du poids. Quel jour sommes-nous s’il vous plait ? »
    – «  Le 31 décembre. Nous allons fêter la nouvelle année »
  • «  Le 31 décembre, balbutia Muk. Ce n’est pas vrai. Je dois rentrer chez moi tout de suite, dit Muk qui tremblait de peur et suait d’effroi ».

Alors il se précipita vers la maison secondaire de ses parents qui passaient, le croyait-il leurs vacances par là . Il arriva peu avant minuit dans l’igloo réfrigéré en bambou de ses parents et sonna à  la porte.

  • «  Oui, fit son père, qui ouvrir la porte. Qu’est-ce que c’est? »
  • «  Papa, c’est Muk ».
  • «  Muk ? Mais non, ce n’est pas toi. Mon fils est gros et gras et surtout il est en France où il réside pendant que sa mère et moi travaillons ici en tant que bonshommes de neige secret ».
  • «  Si c’est moi, Papa. Regarde j’ai maigri. Tu n’es pas fier de moi ? »
  • «  Ecoute, je ne comprends pas ce que tu dis et ne sais qui tu es. Mais sache que si tu restes là , de toi rien ne restera. Viens, entre avant qu’il ne soit trop tard. Tu es en train de fondre ».

Mais il était trop tard. Et avant que le père de Muk n’entrouvre la porte pour le laisser passer, Muk s’effondra par terre, liquide et fondit. Son père se pencha sur lui. Une goutte perla, glissa sur son visage et tomba dans la flaque d’eau qu’autrefois était son fils. Il pleurait et fondait à  la fois.

Avec la chaleur, Muk s’évapora avant que sa mère ne vienne embrasser ce qui restait de lui: une carotte, deux olives vertes et de la mousse de la même couleur. Et la vapeur de Muk rejoignit les nuages qui transportèrent les restes de Muk jusque la côte bretonne où ses restes furent déposés par une rafale de neige un 8 janvier. C’est là  qu’il repose désormais. Ses parents pensent souvent à  lui, regrettant de ne pas avoir été assez présents lorsque Muk était enfant. Mais il était trop tard pour tout changer. Ils pensent souvent à  lui en pensant tous les bonshommes de neige qu’il a permis de créer.

La morale de cette histoire est qu’il ne faut pas agir avec retard car ce qui est passé ne revient jamais. Gros ou maigre, Petit ou grand, noir ou blanc, chacun a sa place dans notre histoire.

goutte-d-eau

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Commentaires

  1. cabon venise dit :

    coooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooool

  2. […] aux fléchettes sur le chat, ou bien concours de pistolet à  eau. Vous pouvez également leur faire écrire leur propre aventure ou bien les amener à  Venise. Les enfants adorent les histoires. Le père Noà«l, la petite souris, […]