Les grandes espérances du jeune Bedlam, de George Hagen

  • 0
  • 13 octobre 2009

Bedlam

«  Cher George

Je vous avais laissé avec votre voyage d’une famille déjantée, Les Lament, dans le roman que vous avez consacré à  cette fratrie américaine tiraillée de toutes parts par des quêtes initiatiques diamétralement opposées. Vous aussi avez parcouru du chemin depuis. Dans votre deuxième livre, les grandes espérances du jeune Bedlam, vous nous invitez à  un parcours entre un 19ème siècle post-victorien et le début d’un XXème siècle qui occasionnera la chute de l’Europe sur l’autel de ses guerres fratricides. C’est ainsi que nous pénétrons dans l’histoire de la vie de Tom Bedlam. Ouvrier à  l’instar de sa mère, Emily, dans une fabrique de porcelaines et de céramiques, il trouve le réconfort dans la fortune de son grand-père qui lui permettra de trouver sa voie vers la médecine. D’ouvrier à  médecin, vous avouerez que seule une époque révolue pouvait laisser croire à  ce saut social tenant du grand écart.

Le pauvre Tom perd sa mère, son père et un frère jamais connu au même moment. Sa mère qui meurt dans d’atroces souffrances. Son père, homme de théâtre jamais à  court d’effets de manches, sur les estrades des théâtres ou sur les trottoirs de Londres. Son frère, qui, sa mère le révèle, dans son délire, lui a été confisqué à  sa naissance, donné par son père à  une famille plus riche. Quand vous lui faites rencontrer Arthur dans cette école de garçons dans la campagne anglaise, vous lui donnez un frère qu’il croit être sien. Et il le sera d’une certaine façon. Si la génétique ne les réunit pas, l’estime qu’ils se portent en fait des camarades devant l’éternel que ne tardera pas à  rejoindre Arthur, poussé de la colline par un jaloux.

Votre livre, Monsieur Hagen, un rapport avec Nina, est tel un souffle. Il emporte, réconforte, émeut et promeut. Promeut oui, tant le lecteur que ce petit Tom qui grandit, devient médecin, capture le cœur d’une femme et vogue vers une Afrique dominée par les colons. Las, la Première guerre mondiale ne passe pas son chemin et vient perturber la famille de celui qui a troqué le nom de Bedlam pour Chapel qui sied mieux au médecin qu’il est devenu. Cent ans de solitude, le roman picaresque de Garcia Marquez, n’est pas loin, quand vous nous contez la vie de Tom et de sa famille, ses craintes, ses illusions, son désespoir dans une humanité qui se consume et perd de sa vigueur au fur et à  mesure que se rapproche les hurlements des canons. Nous sommes dans les rues de Londres quand le personnage s’y promène. Dans les pubs de cette ville, juste derrière sa table, quand il s’y repait. Dans cet amphithéâtre quand il apprend, barbu comme il se doit, le métier de médecin. Un beau métier que celui-là  quand il est réalisé par des gens de bien. Tout au long de 637 pages trop courtes, comme la vie, celle de Tom et les nôtres, vous guidez avec ardeur le lecteur dans un temps qui n’est plus. On étudiera votre livre un jour, Monsieur Hagen, dans les bibliothèques, s’il en reste, physiques ou numériques, et dans la mienne, il sera tout en haut près de ceux de Camus, de Kundera, Coe, Lodge, Orsenna et Rambaud, autant dire au firmament, là  où l’astre réchauffe le cœur et l’esprit.
Bien à  vous »

Les grandes espérances du jeune Bedlam, de George Hagen



Partager