Comédie new-yorkaise, de David Schickler

  • 0
  • 4 octobre 2009

Comédie new-yorkaise

«  Cher David

Votre ouvrage, Comédie new-yorkaise, aurait dû s’appeler Tragédie new-yorkaise. Car, à  sa lecture, on ne peut s’empêcher de voir dans l’existence des personnages, une fuite en avant pour laisser la réalité derrière soi. Exemples. Ce pauvre Jacob, dont l’épouse attentionnée donne le bain chaque soir pour le détendre et lui prouver son amour, malgré l’adultère, et qui verra sa douce addiction faire la une des journaux suite à  l’éditorial de l’une de leurs amis qui dévoila ainsi leur secret. Ce Patrick, trader fortuné qui attache les femmes dans son lit, sans qu’elles ne disent rien, ne leur achète des vêtements que pour mieux les lacérer, et sombre doucement dans la folie. Ce Jeremy qui remplace au pied levé un acteur dans «  Des souris et des souris », dans le rôle d’une souris qui lui confère une célébrité incroyable. Ce James qui passe ses nuits à  parler à  Otis, pas Otis Redding, mais Otis Lift, l’ascenseur qui se trouve dans son immeuble. On sent le vécu, David. Si les ascenseurs pouvaient parler, ils nous en diraient de bien bonnes sur les habitudes de leurs locataires d’un instant, le temps d’un voyage, de ces amours ébouriffante le temps d’un 5 à  7 (entre le cinquième et le septième étage), de ceux qui se recoiffent dans le miroir, ceux qui s’engueulent dans l’innocence de la cabine, de ceux qui transpirent à  l’idée que les câbles puissent lâcher les précipitant dans le vide. Oui, les ascenseurs sont les témoins de la dérive d’une époque, d’une ville aussi. Tout à  l’heure, je regardais l’un des derniers films d’Oliver Stone, avec Nicolas Cage, «  World Trade Center ». Digne d’un téléfilm de série D, le film cherche à  magnifier le courage des sauveteurs du 11 septembre mais manque son coup en ne prenant aucune hauteur. Difficile une fois les tours tombées, mais tout de même. Dans les années 70, on faisait des films catastrophe de meilleure facture. Le films s’achève lors d’un barbecue amical où tout le monde il est content et rien sur ces centaines de pompiers, policiers, morts ou malades depuis, d’avoir cherché à  sauver leurs pairs. Plus de 10% des morts du 11 septembre appartiennent aux groupes des sauveteurs.

Votre livre me semble mieux décrire votre ville que l’œuvre, la désoeuvre plutôt, d’Oliver Stone, que l’on a connu plus inspiré. Car là  où le cinéaste joue sur l’extraordinaire, vous restez cantonné à  la banalité quotidienne. Dans une conurbation de la taille de New-York, on sent la vie certes, ces piaillements permanents, ces foules qui font leurs courses à  trois heures du matin dans les supermarchés de Manhattan, mais aussi l’anonymat dans lequel tous se trouvent. Rien n’est interdit, car le jugement de l’inconnu ne compte pas. On peut se déguiser en cow-boy vêtu d’un simple slip, pousser la chansonnette et se faire prendre en photos par des japonaises en visite. On peut parler tout seul aux bornes incendies dans risquer la contradiction. On peut tagger les publicités parce que l’on est contre, ou bien les porter sur soi parce que l’on est pour. Tout cela n’a que peu d’importance dans cette tragédie moderne qu’est la ville.

Pour ces enseignements, la forme de votre roman qui témoigne d’une réflexion sur la manière de mener le lecteur à  bon port, pour la découverte des bas-fonds du cauchemar américain, David, je vous remercie ».

Partager