Comment ne pas devenir anorexique

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  • 21 juillet 2009

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Il y a un peu plus de trois ans, j’écrivais sur ce blog un article qui est devenu le plus lu et le plus commenté de ce site. Son titre? Comment devenir anorexique? Le titre était volontairement provocateur et évoquait les sites pro-ana qui entrait en force dans le monde d’internet en cette période, fort, fort lointaine. Ce billet, rappelons-le, était à  l’opposé d’une anthologie de l’anorexie.

Plus de 200 commentaires y ont été déposés, sans compter ceux que j’ai décidé de supprimer parce que trop grossiers, ou incitant à  l’anorexie. Beaucoup de ces commentaires sont des témoignages de moments de vie, passés ou actuels, de la part des internautes, certains sont de véritables appels à  l’aide. J’y ai répondu souvent, personnellement. Voilà  en substance que je leur ai dit.

  1. L’anorexie n’est pas un effet de mode. C’est une maladie définie comme telle. Cela ne se décide pas, sans entrer dans l’explication de l’effet nocebo, comme on décide d’aller au McDo ou voir un film au ciné.
  2. Elle suppose donc un traitement approprié que seuls les médecins peuvent conseiller. Rien ne vaut donc un contact avec son médecin traitant ou tout autre membre du corps médical dans le cadre de consultations ouvertes que l’on peut trouver dans les hôpitaux par exemple ou dans des associations dédiées.
  3. Devenir anorexique ne peut être une ambition de vie. Lisez, regardez, personne n’est heureux à  être anorexique. Quand on parle d’anorexie, on parle d’abord de souffrances, physique, mentale, profondes, désastreuses souvent, mortelles parfois. Les personnes souffrant d’anorexie restent des personnes auxquelles sont rattachées les notions de respect et d’écoute.
  4. Néanmoins, la question de l’anorexie a été très largement médiatisée. Pour nombre d’individus elle est devenue une réponse, inappropriée, à  un mal-être adolescent qui pose question. Comment puis-je faire pour être heureux? Personne ne m’aime. Je suis trop gros, trop grosse. Cela se passe mal dans ma vie, dans ma famille. Je n’ai pas d’amis. Ces questions, ces remarques sont légitimes. Tout le monde passe par une phase de doute sur sa place dans la société, qui mêle à  la fois un désamour passager pour soi et une angoisse vis-à -vis de l’avenir. En vieillissant, ces questions se posent encore, de manière différente.

Je ne veux pas dire ici que les problèmes d’images de soi ne sont pas graves ou perturbants, mais que les appréhender systématiquement par l’anorexie c’est apporter une mauvaise réponse à  une bonne question. Dans le livre Le carnet de Grauku, disponible aux éditions Mic-Mac, Sophie Laroche raconte, avec talent, l’histoire de Manon «  Grauku », une jeune fille complexée de ses kilos en trop dans un monde qui célèbre la minceur comme canon de la beauté, et montre que quand on se regarde dans la glace ce sont les yeux de celui qui regarde qui déforment plus que le miroir.

Et puis parce que l’humour reste une excellente thérapie, voici un extrait vidéo d’un jeu japonais, très premier degré, et hilarant.

http://www.youtube.com/watch?v=i7sjU4BwYQM&feature=related

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Commentaires

  1. MK7 dit :

    Bonjour !
    Je lance le premier commentaires ? ATTENTION à  votre second point, je suis désolé, c’est une erreur terrible de penser que les médecins ont la solution ou peuvent faire guérir. C’est terriblement complexe. La fabrique du rapport au corps est une petite merveille, une machine d’une effroyable subtilité et ce qui est fantastique est qu’elle marche le plus souvent toute seule sans que personne n’ait besoin de se demander comment elle marche. Mais, dans l’anorexie, c’est précisément, ce rapport au corps, équillibre vachement subtil fait de social, de chair, de soi, de psychisme, de regard, de perceptio etc. qui vacille.
    Attention, les médecins ne savent traiter…qu’une part infime. La théraphie n’est pas non plus une « réconcilliation » du corps avec soi-même. Elle est une angoissante recherche très très difficile et précautionneuse, de construction de cet équillibre précaire. Chaque morceau de sa propre chair est objet de négociation, avec soi-même, dans un combat assez fou, qui pousse à  la refuser tout en tentant de l’accepter. Quand vous dites « les médecins savent tout », c’est comme si vous disiez à  une femme qui s’est fait violer, allez voir les flics, il vont vous guérir. Rude comparaison ? Mais non, pas assez : l’anorexie, c’est l’expérience du viol intime, du viol de soi par soi-même (qui fait suite parfois à  un viol par un autre). C’est sa propre chair qui devient intruse et qu’il faut supprimer ou capituler, ou accepter…