Conflits sociaux. C’est de la bombe, baby

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  • 18 juillet 2009

Assiste-t-on à  une radicalisation des conflits sociaux dans notre pays? On pourrait le croire à  écouter et lire les journaux.

Cette semaine, chez JLG à  Tonneins, chez Nortel, chez New Fabris à  Châtellerault, des salariés mécontents de leurs conditions de licenciements ont menacé de détruire leur outil de travail ou leur production afin d’obtenir une revalorisation de leur prime de départ. A raison d’ailleurs, puisque chez les premiers, les JLG, la prime a subitement été multipliée par 6 pour atteindre le montant exigé juste après que le secrétaire d’Etat à  l’emploi, Laurent Wauquiez, a critiqué cette méthode trop radicale à  son goût. (Petit conseil aux grèvistes, s’assurer que Laurent Wauquiez invite à  cesser le mouvement pour cause de trop grande radicalisation). Après les séquestrations de patrons qui n’en sont pas d’ailleurs (de patrons), les menaces d’explosion, à  quand les explosions de patrons séquestrés? Les deux actes sont illégaux au regard du droit, mais l’apparaissent moins au regard de l’opinion publique.

La France a peur tous les soirs à  20 heures

Pour Jean-Michel Denis, maître de conférences en sociologie à  l’université de Marne-la-Vallée, interrogé par le Monde, «  les journalistes ont horreur du banal. Les salariés ont donc intérêt à  sortir de l’ordinaire soit en terme de légitimité de leur lutte, soit en terme de moyen d’action. C’est un phénomène relativement classique. Les manifestants cherchent ce qui va attirer les médias, en se référant notamment aux conflits précédents (1) ». Pour faire des images, des papiers, la presse aurait donc besoin de sensationnel. La chose n’est pas nouvelle. Les lecteurs de France Dimanche, dont la couverture a enterré une bonne centaine de fois Johnny Hallyday, en savent quelque chose. Les conflits sociaux existent par la télévision, et ceux qui manifestent aussi. Une bonne idée pour une émission de télé-réalité.

Mais ce n’est pas tout, cette exaspération, pour le sociologue Norbert Alter, codirecteur du master Qualité de vie au travail, management, travail et développement social à  l’université Paris-Dauphine, toujours dans le Monde, proviendrait d’une dévalorisation de la place des salariés dans l’entreprise « Beaucoup de salariés donnent sans obtenir de reconnaissance. Et, en haut de la hiérarchie, ils estiment que certains volent. »

Zorro est arrivé

Deux choses sont exprimées dans cette phrase. 1, la question de la reconnaissance. Re-connaissance, connaissance à  nouveau, comme l’explique Christophe Déjours. On se référera à  ce billet sur la question de la reconnaissance au travail, qui est un élément essentiel de la construction de l’identité de l’individu. 2, la quête d’une justice sociale que l’Etat ne semble pas en mesure d’apporter. Ces zorros des temps modernes seraient donc des porte-drapeaux d’un ras-le-bol généralisé.

On peut comprendre l’inquiétude des personnes concernées, «  quel avenir, pour moi, pour mes enfants, comment je fais pour payer ma maison? », dont certaines, parce que cinquantenaires, savent que il est terminé le temps du travail. Leur désespoir les invite à  épouser des actions radicales. Il en est toujours ainsi des personnes désespérées. Elles pensent ne plus rien avoir à  perdre.

« Y’en a marrre, faut que ça change »

Cela pose question pour notre société pour plusieurs raisons.

Parce que cela encourage à  l’illégalité. Ce que viennent de réussir les salariés de JLG relève du hold-up parfait. Ils sont rentrés dans la banque protégés par les caméras et sont ressortis avec leur butin sans intervention des forces de police.

Parce que cela revient à  acheter le calme social. Le traitement du chômage en France est essentiellement un traitement social. Les indemnités versées aux demandeurs d’emplois sont justes suffisantes pour que ceux-ci conservent la tête hors de l’eau et se taisent. La plupart des ces personnes n’aspirent qu’à  travailler. Depuis le début des années 80, on parle de formation, de travail des seniors, des jeunes, des femmes, des sans-diplômes, des avec-diplômes sans que cela n’ait donné de résultats tangibles. Le marché du travail connaît les variations imputables à  la croissance économique. Quand celle-ci est au rendez-vous, le chômage baisse et inversement.

Parce que cela ne résoud pas la crise actuelle du capitalisme financier. Un an après le début visible de la crise qui secoue le capitalisme financier, rien n’a changé au pays des merveilles. Les bonus sont repartis à  la hausse, l’encadrement des rémunérations n’est plus d’actualité, les caisses de compensations bancaires internationales fonctionnent toujours aussi bien. Bref, le monde bancaire a réussi un casse beaucoup plus important que nos salariés de JLG: nationaliser les pertes dues à  son inconséquence. Personne ne propose un retour à  l’actionnariat salarié et local. Et puisque rien n’a changé, tout le monde se sent justifié dans le non-respect des règles. Les restaurateurs après avoir promis baisse de prix et embauches, peinent à  remplir leur part du contrat, ce qui était couru d’avance, les expatriés fiscaux ne rentrent pas aussi facilement qu’imaginé à  la maison Or une société sans règles commune, cela s’appelle un monde sauvage. Avec toute sa chaîne alimentaire. Et on sait que cela commence toujours avec les petits.

  1. On notera que ce type de stratégie n’est pas nouveau. Déjà  chez Metaleurop, en 2003, ce chantage avait eu lieu. Exaspéré par la décision, en catimini, de leur usine, les ouvriers de cette usine mobilisent toutes leurs forces pour exister. En voici le film:

http://video.google.fr/videoplay?docid=1601978113721148328&ei=SI1hStSHA4r3-Abs5a0f&q=Metaleurop&hl=fr&client=firefox-a

Cadeau bonus. Vu ici, en Vendée, Philippe de Villiers tente une récupération de l’affaire SKF.


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