La forêt qui cache l’arbre

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  • 4 juin 2015


« C’est un arbre que j’aime bien. Un peu perdu en bord de route, en marge mais pas trop. On peut le voir quand on marche, à partir du tram, en voiture ou bien de sa fenêtre si on habite dans le coin. Il est une permanence dans un monde qui en manque tant. Je me souviens de lui quand il était un peu plus habillé. Revêtu d’écorce, il trônait, « agile et noble avec sa jambe de statue ». Fier comme s’il se respectait lui-même. Pour je ne sais quelle raison, il a perdu sa peau il y a plusieurs années. Cela serait possible à retrouver, le destin de son espèce sûrement, mais moins poétique que de laisser son imagination vagabonder vers une bande de racailles de fougères voleuses d’écorces, « levez les branches, ceci est un hold-up », le gang des Pot-Isches.

Son tronc est lisse maintenant. Une vilaine cicatrice, un malheureux dessin en forme de bite, le rend moins parfait. C’est le lot des cicatrices que de rappeler les méfaits. Mais franchement un dessin de bite. Autrefois on dessinait un cœur entourant des prénoms, pour les plus aventureux, des initiales pour les plus timides ou les plus discrets. J’imagine que cela se fait toujours. J’en ai vu il n’y a pas si longtemps en Chine, sur des bambous.IMG_1138

Viens caresser mon arbre

J’aime bien le regarder cet arbre de peu, vestige d’un temps plus ancien où ses collègues l’entouraient. Cet ensemble magnifique dont on ne voit qu’une partie, l’autre cachée sous terre donne à l’apparat de ses branches de quoi vivre. C’est souvent le cas avec les choses essentielles. Elles sont moins apparentes, plus cachées. On donne trop d’importance à ce que l’on voit, on donne trop d’importance à ceux que l’on voit en oubliant les soutiers, les charbonniers du dessous, ceux qui assurent la subsistance matérielle et spirituelle. Bien sûr, ils ont besoin de l’extérieur pour justifier l’importance de leur rôle, mais les ignorer et les négliger à ce point est un oubli, presqu’une faute qui attend sa correction pour un plus juste équilibre.

Cet arbre, je me souviens l’avoir admiré avec mes filles à un moment où c’était bien que l’on soit tous les trois. C’était il y a quelques lunes. Un soir tiède d’un été chaud. Nous étions resté l’admirer une bonne dizaine de minutes, pour le regarder, le toucher, s’interroger. Une leçon de choses nature où l’on apprend plus sur soi que sur la nature.

L’expérience nourrit les souvenirs, ces images pour plus tard, pareilles à la graine de l’éducation qui grandit quand elle veut. Nous sommes nos souvenirs et ce que nous en faisons.

Cadeau bonus. La chanson du dimanche

Pourquoi j’aime bien ce groupe, je ne sais pas. Leurs chansons rigolotes sont plus profondes qu’il n’y paraît.

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