Loisirs sportifs. A la pêche aux moules au Minou.

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  • 22 avril 2011

Un vendredi, veille de fêtes pascales. 8 h 25.

  • Je te réveille ?

  • Non. Ca va ?

  • Oui. Tu fais quoi cet après-midi ?

  • Je bosse.

  • Cela te dit un tour en mer à  la pêche.

Je mords.

  • Bonne idée.

Le travail attendra. C’était déjà  une belle matinée débutée en regardant le soleil rougeoyant se lever dans le ciel épars, là -bas, par-dessus Brest.

Rendez-vous est pris à  la Marina du Château. Les bouts sont largués et déjà  le clapotis de l’eau balance la coque du hors-bord.

La pêche n’est pas un sport. La pêche c’est un état d’esprit. On peut la pratiquer à  la main en soulevant les rochers en période de grandes marées, sans oublier de les remettre en place ensuite. On peut en faire son métier mais c’est un peu risqué. On peut juste jeter sa canne à  l’eau en l’appelant de toutes ses forces après.

Et soudaint, tout à  coup, la mer se renverse... et là  on balise.

Et soudain, tout à coup, la mer se renverse... et là on balise.

Comment pêcher ?

Depuis plusieurs mois sur ce blog, de nombreux internautes me demandent comment pêcher. Pour l’heure ma réponse a toujours été : «  en convoitant la femme de son voisin ». Désormais je pourrais dire en acceptant de cueillir le fruit de la pêche du moment présent, ce qui est plus compliqué à  comprendre mais doit bien vouloir dire quelque chose sinon cela ne servirait à  rien que je l’ai écrit, pardi.

En marketing, il est de coutume de préférer la négation à  la question ouverte. Par exemple en marketing politique au lieu de demander, « Comment être élu président de la République ? », on demandera «  Comment ne pas être élu président de la République », et les regards se tourneront vers la politique de Nicolas Sarkozy, et ils auront compris ainsi. Mais laissons l’électoralisme de côté, car la pêche est apolitique, comme la Religieuse au café, le papier toilette et le Scrabble.

Donc la vraie question est «  Comment ne pas pêcher? ». Je tiens à  indiquer que vous tenez là  votre expert. Mais avant de répondre, il nous faut préciser «  Pourquoi il ne faut pas pêcher ? ».

On voit clairement ici un petit poisson pêché (Aucun animal n'a été tué lors de la prise de vues)

On voit clairement ici un petit poisson pêché (Aucun animal n'a été tué lors de la prise de vues)

Pourquoi ne pas pêcher ?

  • Pour maintenir les ressources halieutiques en bon état.

  • Pour préserver les ressources de poissons (ce qui veut dire la même chose que précédemment mais maintenant tout le monde a compris)

  • Pour éviter d’avoir à  dire trois pater et quatre Ave Marie.

  • Pour éviter de se fâcher avec son ami, celui-là  même qui vous a consciencieusement invité, en prenant plus de poissons que lui. J’en connais qui compte 🙂

  • Pour ne pas mentir quand un proche vous demande votre coin de pêche préféré et que la tradition veut que l’on donne des coordonnées éloignées d’au moins 20 miles nautiques de l’endroit en question.

  • Pour ne pas tomber à  l’eau ou se faire mouillé sur le ponton par l’arrivée d’eau servant à  nettoyer le plastique du bateau (Si votre embarcation n’est pas en plastique, mais en bambou ou en polystyrène, cela ne rend pas l’eau sèche pour autant)

Si vous n’aimez pas les négations, sachez que l’on pêche par plaisir, pour garder sa place, pour se retrouver un temps en dehors de la férocité du monde, pour savoir pourquoi on est fatigué à  la fin d’une journée, pour pisser dans l’eau sans se faire accusé d’en mettre à  côté, pour chambrer les parisiens qui ont passé leur après-midi sur le périphérique avant de retourner dans leurs appartements sans espace. Vous votre périf c’est le goulet, et l’horizon votre votre frontière.

En Chine, il y a trois ans, à  la recherche du Dahut de mer.

En Chine, il y a trois ans, à la recherche du Dahut de mer.

Comment ne pas pêcher ?

L’adage populaire nous dit que la chance sourit aux débutants. En fait, pas toujours. Souvent quand on est débutant, on est qu’une brêle qui sait rien qu’emmêler ses fils. Ne pas pêcher suppose la maîtrise des techniques suivantes de manière simultanée, successive voire séparée :

  • Le lancer de canne à  pêche qui consiste à  lancer sa canne le plus loin possible. (Désolé Phil’)

  • L’accroche-hameçon dans l’index gauche, ce qui est gênant pour ceux qui aiment se le fourrer dans le nez (Une technique très dangereuse qui provoque 8% des accidents de la route urbains à  Londres. Véridique)

  • En visant systématiquement le sous-marin nucléaire lanceur d’engins qui entre en rade de Brest et en l’accusant de faire fuir le poisson.

  • En laissant tomber son téléphone à  l’eau et en tentant de le récupérer pendant le reste du temps de pêche. (Cette manière est assez onéreuse. Vous pouvez toujours effectuer une variante, soit de laisser tomber une copie de téléphone, un caillou déguisé en mobile, ou le téléphone de ceux qui vous accompagnent qui alors ne vous inviteront plus, ce qui est une manière assez radicale de ne jamais plus pêcher. Mais bon, il faut savoir ce que l’on veut dans la vie, dit la question-tag, ne faut-il pas ?)

  • Le relâchement de poisson lors de la remontée (Si on vous dit que vous avez « croché le fond », alors que vous, vous sentez bien que c’est un super gros poisson qui fait ployer votre canne, ce n’est que par médisance, mais vous êtes play-fair. Vous vous taisez car le vrai pêcheur est taiseux.)

  • La technique de l’emmêlement, mise au point par des libertins durant les années folles. Il s’agit, dans un autre contexte, de faire exprès d’emmêler son fil avec la canne à  pêche du voisin. Vous pouvez ainsi perdre une bonne vingtaine de minutes à  démêler le tout. C’est autant de temps de perd, alors que bientôt il sera temps de rentrer au port. Salut.

  • Le mauvais choix. Dans la vie, il existe deux types de personnes : ceux qui font les bons choix, et les autres qui font les mauvais choix. Dans la pêche aussi sauf que vous pouvez passer chez le poissonnier sur le chemin du retour pour acheter deux ou trois dorades, quatre bars de cinquante centimètres, je vous en prie, un panier de langoustines, et un peu de mayonnaise.

Je dis tout cela, mais je ne dis rien. Je me suis contenté en cet après-midi ensoleillée de cueillir le temps présent. Après tout comme me le confiait les trois dorades, quatre bars, le panier de langoustines, et le pot de mayonnaise que j’ai sauvé de la noyade tout à  l’heure : «  On meurt décidément toujours trop tôt ».

Que faire alors si on va à  la pêche pour ne pas pêcher, me demande Charlotte, 27 ans, dont le numéro de téléphone se termine par 94-62-88 ?

Et bien, ma chère Charlotte, c’est une très bonne question à  la hauteur de votre excellente numérotation. L’excursion maritime est la mère d’une kyrielle d’activités toutes aussi ludiques et passionnantes les unes que les autres. Voyons voir si vous me permettez cette redondance vous qui en avez une sacrée paire.

Pendant que vous ne pêchez pas, vous pouvez :

  • Consulter l’annuaire papier que vous aurez pris le soin de cacher dans votre sac de sport avant de monter à  bord.

  • Résoudre l’équation de Ferrat. Pas facile.

  • Donner des conseils aux autres marins

  • Regarder le paysage

  • Libérer son esprit

  • Respirer, normalement cela se fait tout seul. Si tel n’est pas le cas, ne pas oublier de soulever sa canne avant de cesser de respirer, il ne manquerait plus que vous preniez un poisson pendant que vous étouffez. Le comble du non-pêcheur..

  • Boire un coup de rouge. Cette tactique de la dissimulation vous permettra de vous mettre à  votre avantage et de vous faire passer pour un vrai pêcheur qui est taiseax donc mais aussi buveux.

  • Rire enfin de toutes les manières que l’on a trouvé pour ne pas pêcher de poisson.

Et terminer la journée en rime : que le premier qui n’a jamais pêché me jette le premier hameçon.

http://www.youtube.com/watch?v=-Dxhm9iEfo8

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