Le blog de Mikaël Cabon

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Dans le Morbihan, l’archéologie expérimentale nous révèle une autre face de nous-même

19 août 2010 · Pas de commentaire -

Avironnage Arzon3 (1)

Les hommes du néolithique n’étaient pas les rustres que l’on s’imagine parfois. En Bretagne, terre riches en mégalithes, dont certains datent de 7.000 ans avant notre ère, la complexité de ces ensembles architecturaux démontrent de capacités d’organisation importantes.

A Arzon, dans le Golfe du Morbihan, Cyrille Chaigneau, archéologue et médiateur du patrimoine pour le CPIE Val de Vilaine de Saint Just (35), s’escrime tout au long de l’année à présenter cette période de notre histoire dans son ensemble à partir de l’archéologie expérimentale. Kesako ? Il s’agit de reproduire les techniques et gestes utilisés au néolithique par les hommes d’alors. Ces expériences permettent aux visiteurs de créer des poteries, d’allumer des feux sans briquet ni allumettes et aussi d’observer les techniques mises en œuvre pour le déplacement de lourdes charges comme ces menhirs qui parsèment le Morbihan. A Locmariaquer, en face d’Arzon, se trouve le plus imposant menhir d’Europe : 21 mètres de haut, avant qu’il ne soit cassé en quatre morceaux, et 280 tonnes. Or, selon les géologues la roche qui a servie à édifier ce menhir n’était pas présente à l’endroit où l’on se trouve. Il a donc fallu déplacer ce rocher, vraisemblablement sur une dizaine de kilomètres. Comment, alors qu’évidemment les camions de 33 tonnes n’existent pas encore, les hommes du Néolithique ont-ils réalisé cette prouesse. C’est ce que cherche Cyrille Chaigneau. Avec son collègue, Philippe Guillonnet, il avait déjà tenté de faire flotter une pierre de 880 kilos en mai, puis de 3 tonnes en juin, avec réussite pour la première, en l’amarrant à deux pirogues en couple, un peu moins pour la seconde qui a coulé. Ce mercredi, au cairn du Petit Mont, l’expérience menée portait sur le déplacement à terre d’une roche de plus de 4 tonnes. 16 personnes étaient mobilisées pour tenter de faire avancer cette roche, grâce à la technique de l’avironnage. Plutôt que de longs discours, les photos de la galerie présente dans cet article parlent d’elles-mêmes.

Avironnage Arzon1

On choisit ses origines

« Derrière ces monuments funéraires, il convient de prendre en compte le fait qu’ils servent les discours dominants de l’époque à la fois sur les terrains sociaux, organisationnels, spirituels, métaphysiques… », raconte Cyrille Chaigneau. A la butte de César, à quelques kilomètres de là, on a ainsi découvert 1 squelette, 30 haches et 300 perles polies. Chacune de ces haches a nécessité plusieurs milliers d’heures de travail. La pierre qui les compose provient du Portugal ou d’Italie, ce qui témoigne d’échanges de biens de prestige denses déjà. La mondialisation de l’économie n’est donc pas un fait nouveau et accompagne l’homme dans sa conquête de l’espace géographique. « Cela signifie que cette personne a été capable, avant sa mort, de collecter à travers l’Europe, par des intermédiaires, une quantité importante de matériaux, et de richesses pour pouvoir se les approprier ». L’organisation des sociétés de l’époque est très structurée. Ces royautés armoricaines, de 4.800 à 4.500 avant JC, étaient peut-être à caractère dynastique. On découvre alors ce que ces monuments funéraires, dont on connaît encore peu de choses, nous disent sur ces peuples : la sédentarisation permise par la domestication des plantes, par l’agriculture, et des bêtes, par l’élevage, s’accompagne d’un changement du rapport au temps. Pour les hommes du Néolithique, le présent n’est pas le seul temps. Il y a le passé, avec la vénération des ancêtres, et le futur, avec la volonté de passage à la postérité et la réflexion sur l’au-delà. Ces hommes qui inventent les inégalités, la notion de territoire, les conflits et les premières guerres, mais aussi le rapport à l’altérité, la différenciation du travail et la propriété, on le voit, méritent alors plus que le mépris hautain souvent associé à leur mention. En quelque sorte, ils sont les ancêtres directs des sociétés modernes. La télévision en moins. Elles nous indiquent également que trop souvent nous choisissons nos origines, les grecs, les romains et les égyptiens, plutôt que l’Homo-heidelbergensis , ou bien les Gaulois dont l’image retracée dans nos livres d’histoire, divisés, ripailleurs, contés à leur manière par Uderzo et Goscinny dans Astérix et Obélix, semble bien loin de la réalité dont peut témoigner la science avec ses découvertes sur le degré de raffinement de l’art gaulois. L’archéologie résonne alors dans des débats politiques plus actuels sur l’identité nationale. Nécessairement culturelle, cette identité nous provient d’icônes que nous avons-nous-même, collectivement et sur plusieurs générations, construits pour construire notre propre dessein. Devant le cairn d’Arzon, l’histoire rétrécit son horizon et élargit, paradoxalement, le nôtre.

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Catégorie(s) : CULTURE GENERALE

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