Le blog de Mikaël Cabon

"Le passé n'est qu'un préambule" – Chroniques, articles, cours

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Talk Talk, de T.C. Boyle

11 janvier 2010 · Pas de commentaire -

Bonjour TC,

T.C. pour Tom Coraghessan, est-ce bien votre véritable nom au fait ? Car à en croire l’intrigue de votre roman, Talk Talk, vous semblez avoir un sérieux problème avec l’identité. Dans ce livre, sorti en 2006, vous racontez l’histoire de Dana Halter. Cette jeune enseignante se fait contrôler sur la route un beau matin avant de se rendre chez le dentiste. Le policier l’arrête, lui demande ses papiers et l’arrête, cela je l’ai déjà dit, et l’amène au poste. Son crime ? Plusieurs mandats d’arrêts à travers les Etats-Unis ont été lancés contre elle. Soit. Là où l’histoire prend du sel, c’est que Dana Halter est sourde, et surtout que son identité a été usurpée par un brigand qui utilise son nom pour toutes ses briganderies. La situation devient ubuesque. Comme Dana est sourde, personne ne comprend rien à ce qu’elle dit et elle est envoyée en prison pour plusieurs jours avant de ressortir blanchie et désireuse de poursuivre l’usurpateur. Ce qu’elle ne tarde pas à faire en compagnie de son petit ami, Bridger, c’est pas son vrai nom dites ?. Direction le faux Dana Halter grâce à un numéro de portable trouvé avec intelligence. La course-poursuite s’achèvera près de New-York, dans une scène de poursuite haletante qui donne l’impression d’être au cinéma à une séance 3D, alors qu’en fait, on est dans son lit, en pyjama. Certes, rien n’interdit d’aller au cinéma en pyjama, mais la situation pourrait, par certains côtés, paraître incongrue.

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Votre roman pose à mon sens deux questions : sommes-nous ce que nous sommes ? Et quand est-ce que l’on mange ? Pour la seconde question, la réponse est claire dans votre livre : à peu près tout le temps. Dans des restaurants-rapides, dans un bouiboui mexicain, dans un lieu très classe près de Manhattan… Pour la première question, la réponse est plus ardue. Car cela suppose de savoir qui l’on est d’abord. Le handicap de Dana, la surdité, a deux inconvénients : il est discriminant, il y a d’un côté les sourds (ou les victimes de déficit auditifs, près de 4 millions de personnes en France dont 110.000 personnes sourdes profondes, et les entendants, et secundo, cela ne se voit pas. Or pour beaucoup de personnes le handicap se doit d’être visible. Difficile de se faire comprendre, car la surdité s’accompagne souvent de difficultés d’élocution, de comprendre, sauf en par la lecture labiale, sur les lèvres, avec toutes ses imperfections. La communication par téléphone est proscrite, sauf en suggérant, ce que fait Dana sur son répondeur téléphonique, d’envoyer un SMS ou un message électronique. Les émissions dédiées aux sourds et aux malentendants sont rares à la télévision, à la radio aussi pouf, pouf. Sur France 5, l’œil et la main, voir l’extrait ci-dessous, participe à lever les barrières qui séparent les deux communautés. Et c’est d’ailleurs, un grand d’exploit de votre livre que de réussir à faire parler et écouter vos personnages sachant que la moitié du temps Dana est l’une des interlocutrices et qu’elle parle en langue des signes la plupart du temps. (NDLA : Cela n’a rien à voir mais cela me fait penser à cette requête d’une associations de sourds britanniques qui demandait à pouvoir recourir à l’AMP pour que les sourds puissent avoir eux-mêmes des enfants sourds. Fin de la parenthèse)

Bien qu’entendant, j’éprouve toujours un émerveillement à regarder cette émission. Elle est reposante. A vous de juger.

Sur la question de l’identité, la question est plus complexe de ce côté-ci de l’atlantique. Bien entendu, il existe ici aussi des usurpateurs. Mais l’absence d’états aux législations et aux systèmes juridiques différents sur un même territoire permet au filet de la justice d’avoir des mailles plus fines. Néanmoins on peut confondre facilement les personnes quand elles s’appellent pareil. Dans un livre sur le patronat que je suis en train de lire, on appelle Bernard Poignant, Bernard Poignant sauf que ce n’est pas la même personne. C’est dommage pour Bernard Poignant, surtout le second.

Dans Talk Talk, (lire un extrait ici) on sent que la personnalité, l’identité de Dana Halter, ce qui la rend unique et singulière, à ses yeux et aux yeux de ceux qui l’aiment, c’est bien plus qu’une carte d’identité. Et bien que s’étant fait voler son identité, Dana Halter reste Dana Halter. Cela m’amène à la conclusion suivante : sur la question de l’identité, on ne résout pas l’interrogation quand on définit d’abord de que nous ne sommes pas, ou nos différences avec les autres, plutôt que ce que nous sommes.

http://www.dailymotion.com/videox7p0i9

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