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Il était une fois une américaine, la quarantaine, vivant en France depuis vingt ans qui se mit en tête de passer le concours de l'agrégation, aGrég' pour les intimes. Sa décision succédait à un licenciement d'une grande entreprise US implantée dans notre pays. So, what ? Anglophone de fait, Alice, c'est son nom, pense au pays des merveilles que peut être la fonction publique française. Cela ressemblera à une hot-line de FAI en plein crash existentiel après les ventes de Christmas Day. De Noël je veux dire, of course. Le concours est difficile. Cela ne la surprend pas. Rien n'est jamais donné à ceux qui n'ont rien. Direction la très académique Sorbonne pour suivre les cours d'éminents professeurs. Surprise : les cours de préparation à l'agrégation d'anglais se font majoritairement en français. Les premiers résultats se suivent et se ressemblent pour Alice. Le zéro, mot d'origine arabe, lui colle à la peau. Alice résiste et insiste coincée sur les bancs de la faculté. Pour se rendre compte que tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. Difficile en effet pour un anglophone de naissance, d'autant plus que cet anglophone est un faux-ami américain, de réussir l'examen de passage. Plusieurs conditions semblent relever de la discrimination négative : 1) il ne faut pas encenser les Etats-Unis sur l'autel des civilisations, 2) être plutôt jeune et 3) être formaté pour es études si particulières et maîtriser la technique du jepenseoui-jepensenon-jenesaisplustopcequejepense à savoir la méthode de la Thèse-Antithèse-Synthèse. Draguer aGrég n'est pas une sinécure, et la date (vous savez le jour où vous pensez que et que finalment non) de l'examen approche. L'échec est au rendez-vous. L'aventure se termine avec un goût d'amertume et beaucoup d'interrogations. A quoi servent ces millions d'euros investis dans l'organisation de ces concours ? Pour quels résultats ? La formation des enseignants peut-elle faire fi du goût à transmettre ses connaissances pour lui préférer des standards plus obscurs.

 

Qui évalue les évaluateurs ? 

A l'heure où des millions de lycéens planchent sur les épreuves du bac, où les enquêtes internationales pointent du doigt les retards français en matière d'éducation, où la démocratisation de l'accès aux études supérieures s'est confondue avec la banalisation et donc la perte de valeurs de celles-ci, ce roman-enquête de Laurel Zuckerman, qui s'inspire de sa propre expérience pour délivrer ce premier roman, exquise esquisse, délicieuse enfant de son imagination, alerte comme "un référentiel rebondissant", porte le fer là où cela fait mal. Une réforme sur le recrutement des enseignants est annoncée pour bientôt. Elle semble viser d'abord l'objectif des économies budgétaires là où il aurait fallu lui donner des buts qualitatifs, entre apprentissages fondamentaux, les bases de la citoyenneté et d'une société éclairée, et les impératifs de l'insertion professionnelle. C'est donc une réforme pas encore née mais déjà inachevée que l'on entrevoit, avec en toile de fond une rue qui gronde sans trop savoir pourquoi. Finalement, so french.

Sorbonne confidential, de Laurel Zuckerman. Editions Fayard. En vente chez Dialogues.

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