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Vers une société de surveillance ?

1 Comment 13 juillet 2007

« Souriez vous êtes filmés ». Les récentes annonces de développement de la vidéo-surveillance sur l’espace public pourraient rendre plus fréquentes cette sentence. Face à une société qui abhorre le risque sous toutes ses formes, la tendance est à s’orienter vers une civilisation de la sécurité. Sous l’angle individuel cela peut se comprendre. Moi-même j’aurais bien aimé savoir qui sont les salopiaux qui ont cassé les deux rétroviseurs de ma voiture (mon solex reste intact) samedi dernier. Du point de vue des libertés publiques, cela pose un nuage de questions dont on voit bien qu’elles sont aujourd’hui masquées par une politique de communication sur le thème qui ne souhaite pas engendrer un débat.

 Vid__osurveillance.jpg

La CNIL s’inquiète

La CNIL dans un récent rapport revient sur cette question et son président, Alex Türk, qui en dans la tête, met en garde contre les dangers inhérents à ce genre de dispositifs. La CNIL ne s’occupe pas exclusivement pas de cette question, bien entendu. Elle traite également des bases de données informatiques, du voté électronique, du dossier médical personnel… Lire ici la synthèse de son rapport d’activités. Elle alerte également sur la progression de la biométrie. Application très enthousiasmante (l'expo de la Cité des sciences le montre) à de multiples égards mais qui pose néanmoins elle aussi d’innombrables questions.

L’exemple le plus fréquemment donné est celui de la Grande-Bretagne. En moyenne un londonien est filmé 300 fois par jour. Pas mal quand on veut devenir une star du cinéma, un peu moins quand on souhaite conserver une autonomie dans le cadre de sa vie privée.

 

Quels effets positifs ?

« Qui n’a rien à se reprocher, n’a rien à craindre ». Certes, et qui se sent morveux, se mouche. L’argument est néanmoins un peu court. Il laisse à penser que pour satisfaire son besoin de sécurité il faudrait nécessairement accepter une perte de son espace de liberté, consentie ou non. C’est le prix de la paix sociale. Or, en contrepartie de cette liberté perdue, bien réelle, les gains de sécurité engendrés par la vidéo-surveillance restent potentiels. Rien ne laisse supposer ou entrevoir que la délinquance ou la violence (parce que celle-ci ne se déroule pas que sur les espaces publics) baisse. Certes, on peut imaginer arrêter les brigands plus rapidement, et ce au prix parfois de victimes collatérales comme en Grande-Bretagne l’an dernier immédiatement après les attentats de Londres, mais ils ne sont arrêtes qu’après le méfait. Minority Report n’est, pour l’heure, qu’un film de science-fiction. On attribue dès-lors des bienfaits à ce système a priori sans en étudier les conséquences de manière globale, y compris du point de vue financier. Puisque le coût de maintenance et d’exploitation d’une caméra se chiffre à 24.000 euros par an. 24.000 euros par caméra, hors investissement ! Considérable. Cela devient un marché hyper-lucratif dont le SAV est assuré par l'Etat jouant la culpabilité comme un argument de vente : "Vous ne voulez pas sauver les petits enfants qui pourraient être kidnappés dans la rue et retrouvés grâce à nos caméras. C'est cela ?"

Par contre, rien sur les causes de la délinquance et de la violence. Pour prendre une métaphore médicale, on soigne le nez qui coule, pas les causes du rhume. Ces dernières sont certes les plus complexes à régler mais c’est aussi le nerf de la guerre à long terme.  

De plus, à mon sens, les systèmes de vidéo-surveillance laissent à penser que le sentiment d’insécurité des individus, qui existe aussi à Cast, 300 âmes qui vivent, se fondent sur des raisons réelles et sérieuses. Contre la paranoïa ambiante, un réseau de caméras ne suffit pas à rassurer. Il étend cette paranoïa à l’ensemble de la population. « Il n’y a pas de fumée sans feu », dit l’adage populaire. Il n’y a pas de feu sans pyromane non plus. Il est à craindre qu’ici le pyromane soit le pompier lui-même.

 

 

 

En savoir plus :

Libération. http://www.liberation.fr/actualite/societe/265939.FR.php?rss=true

Conférence de Londres. http://www.privacyconference2006.co.uk/

Le rapport britannique sur la vidéo-surveillance. http://www.surveillance-and-society.org/info.htm et http://www.privacyconference2006.co.uk/index.asp?PageID=10

Les Big Brother Awards

La carte du crime à Chicago en direct (ou presque)

La carte des prédateurs sexuels en Floride 

Un article sur Agoravox 

 

 

Image tirée du site de Philippe Gelück dont l'expo rennaise était d'un très très grand niveau.

Your Comments

1 comment

  1. PhilFran dit :

    Mais ne voyez-vous pas que derrière tous ces systèmes (et plus on en débat, plus on en parle, plus ça fait leur promotion, les rend comme élément incontournable…) se comptent des emplois :
    - Faut les fabriquer;
    - Faut les maintenir en marche; et
    - Faut assurer des formations, de l’intelligence etc…
    C’est la même question avec le bracelet électronique pour les condamnés de justice.
    On crée des peurs, des besoins de soulagement. L’industrie y répond et le commerce marche…
    Phénomène entropique de notre monde… Et pourquoi le changer ? C’est la nature qu’est comme ça…
    PhilFran


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