Le blog de Mikaël Cabon

"Le passé n'est qu'un préambule" – Chroniques, articles, cours

Le blog de Mikaël Cabon header image 2
?>

Euthanasie : le cas Terri Schiavo

11 mai 2006 · 1 commentaire -

Il y a y an, le 31 mars 2005, mourrait Terri Shiavo. Cette américaine quarantenaire était dans un état végétatif, que l’on peut définir comme un éveil sans conscience (le cerveau blanc) depuis 15 ans. La cause de cet état végétatif : la prise de substituts alimentaires pour faire face à une angoisse de l’obésité, et ce faisant l’apparition de carences entraînant un accident cardio-casculaire.
En 2003, Michaël Schiavo, son mari, demande la fin des soins. Il se voit opposé immédiatement une fin de non recevoir par les parents de Terri Schiavo. Ceux-ci, très croyants, ne peuven se résoudre à la mort de leur fille. S’ensuit une bataille politique et législative qui défraiera la chronique pendant plusieurs mois comme le relate cet article de Canoe (un site canadien d’informations). La polémique mobilise les Etats-Unis. George Bush intervient dans le sens des anti-euthanasie, soutenu par son frère Jeb, le gouverneur de Floride. Mais l’opinion publique américaine semble favorable à l’euthanasie, pour 2/3 des Américains à en juger par les sondages effectués par le magazine Time.

Un imbroglio juridique plus que médical

Enfin, après la décision de la Cour suprême des Etats-Unis, qui donnait pour illégale la décision du parlement de Floride, où était hospitalisée Terri Schiavo, les médecins eurent l’obligation de retirer la sonde qui alimentait la patiente. Elle décèda 13 jours plus tard. L abataille ne s’arrêtait pas là. Elle allait porter sur la demande d’autopsie de Teri Schiavo par ses parents (qui allait donner raison à Michaël Schiavo, l’état de son épouse étant jugé irréversible), l’endroit de son inhumation, et les conditions de celle-ci, enterrement ou incinération.

La France concernée

Malgré les circonvulsions de la justice américaine, prouvant par là même la montée en puissance de la judiciarisation de la médecine, les proeuthanasie remportait ici une importante victoire. En France, le cas d’école Schiavo est entré en résonnance avec celui de Vincent Humbert. Ce jeune homme de 20 ans décédé en 2004 à Berck sur Mer. Sa mère, Marie, et Philippe Chaussoy, accusé d’euthanasie, ont bénéficie d’un non-lieu en début d’année 2006 dans cette affaire. Du point de vue législatif, la loi sur la fin de la vie votée à la mi-avril 2005 permet des avancées importantes sur une dépénalisation de l’euthanasie. Si n’en est pas encore pleinement question, l’exception d’euthanasie associée au renforcement de la politique de soins palliatifs et au refus de l’acharnement thérapeutique (obstination déraisonnable) permet de diminuer le nombre de cas litigieux. En parallèle, le mouvement prônant le suicide médicalement assisté (comme en Suisse ou dans l’Oregon) gagne du terrain dans une opinion motivée par des préoccupations individualistes. On lira avec plaisir cette tribune de Jacques Ricot qui remet en perspective, grâce à la philosophie, la question de l’euthanasie.

En savoir plus sur le net :

un blog sur le sort de Terri Schiavo, Jean-Paul II et le prince Rainiern, décédés à quelques jours d’intervalle au printemps 2005 – La fondation Terri Schiavo – En Anglais, le dossier de Wikipédia – Sur Libération, la mort de Terri Schiavo – Une interview de Michaël Schiavo, sur la chaîne américaine ABC.

Vous aimerez aussi lire ces billets

  • No Related Post

Catégorie(s) : Au fil des jours · CULTURE GENERALE · GENERAL · MEDECINE

1 réponse pour le moment ↓

  • 1 Eric Folot // 11 juillet 2010 à 17:08

    OUI à l’aide au suicide, mais NON à l’euthanasie !
    Au sujet de la différence entre l’euthanasie et l’aide au suicide, il faut distinguer entre les arguments juridiques, éthiques et religieux. On ne peut pas simplement affirmer sans nuance qu’il n’existe pas de différence entre les deux : dans un cas c’est le patient lui-même qui s’enlève la vie (aide au suicide) alors que dans l’autre c’est le médecin qui la retire. Il faut d’abord préciser sur quel terrain (juridique, éthique ou religieux) on tire notre argumentation. Si l’on se situe sur le terrain de l’éthique, on peut raisonnablement soutenir qu’il n’existe pas de différence. Cependant, si l’on se situe sur le terrain juridique, il existe toute une différence entre l’euthanasie (qualifié de meurtre au premier degré dont la peine minimale est l’emprisonnement à perpétuité) et l’aide au suicide (qui ne constitue pas un meurtre, ni un homicide et dont la peine maximale est de 14 ans d’emprisonnement). Dans le cas de l’aide au suicide, la cause de la mort est le suicide du patient et l’aide au suicide constitue d’une certaine manière une forme de complicité. Mais comme la tentative de suicide a été décriminalisée au Canada en 1972 (et en 1810 en France), cette complicité ne fait aucun sens, car il ne peut exister qu’une complicité que s’il existe une infraction principale. Or le suicide (ou tentative de suicide) n’est plus une infraction depuis 1972. Donc il ne peut logiquement y avoir de complicité au suicide. Cette infraction de l’aide au suicide est donc un non-sens.

    En revanche, l’euthanasie volontaire est présentement considérée comme un meurtre au premier degré. Le médecin tue son patient (à sa demande) par compassion afin de soulager ses douleurs et souffrances. Il y a ici une transgression à l’un des principes éthiques et juridiques des plus fondamentaux à savoir l’interdiction de tuer ou de porter atteinte à la vie d’autrui. Nos sociétés démocratiques reposent sur le principe que nul ne peut retirer la vie à autrui. Le contrat social « a pour fin la conservation des contractants » et la protection de la vie a toujours fondé le tissu social. On a d’ailleurs aboli la peine de mort en 1976 (et en 1981 en France) ! Si l’euthanasie volontaire (à la demande du patient souffrant) peut, dans certaines circonstances, se justifier éthiquement, on ne peut, par raccourcit de l’esprit, conclure que l’euthanasie doit être légalisée ou décriminalisée. La légalisation ou la décriminalisation d’un acte exige la prise en compte des conséquences sociales que cette légalisation ou cette décriminalisation peut engendrer. Les indéniables risques d’abus (surtout pour les personnes faibles et vulnérables qui ne sont pas en mesure d’exprimer leur volonté) et les risques d’érosion de l’ethos social par la reconnaissance de cette pratique sont des facteurs qui doivent être pris en compte. Les risques de pente glissante de l’euthanasie volontaire (à la demande du patient apte) à l’euthanasie non volontaire (sans le consentement du patient inapte) ou involontaire (sans égard ou à l’encontre du consentement du patient apte) sont bien réels comme le confirme la Commission de réforme du droit au Canada qui affirme :

    « Il existe, tout d’abord, un danger réel que la procédure mise au point pour permettre de tuer ceux qui se sentent un fardeau pour eux-mêmes, ne soit détournée progressivement de son but premier, et ne serve aussi éventuellement à éliminer ceux qui sont un fardeau pour les autres ou pour la société. C’est là l’argument dit du doigt dans l’engrenage qui, pour être connu, n’en est pas moins réel. Il existe aussi le danger que, dans bien des cas, le consentement à l’euthanasie ne soit pas vraiment un acte parfaitement libre et volontaire »
    Eric Folot

Laisser un commentaire

CommentLuv badge
Get Adobe Flash playerPlugin by wpburn.com wordpress themes