Archives pour avril 2005

Réunissant des partenaires de tous horizons (organismes publics, sociétés privées, collectivités…), les plateformes d’initiatives locales comptent plus de 200 déclinaisons locales qui contribuent au financement des projets de taille moyenne. Attribués sous formes de prêts remboursables, les aides dépendent du projet du nombre, des apports des actionnaires, de leur nombre et des emplois induits par la création. Remboursé par le créateur, le prêt doit servir à la capitalisation de la société. Les coordonnées des centres sont accessibles à partir du site www.fir.asso.fr. Créatrice du cabinet de conseil E2I, Christiane Lecocq préside le réseau des Boutiques de gestion depuis un an. Elle répond à nos questions sur les spécificités de son réseau et sur ses perspectives d’avenir.

Quels sont les réseaux qui interviennent dans le domaine de la création d’entreprises en France ?

Neuf réseaux nationaux ont la capacité de répondre à l’ensemble des besoins des créateurs d’entreprise. Trois d’entre eux interviennent dans le conseil avant et après la création. Il s’agit des Chambres de Commerce et de l’Industrie, des Chambres de Métiers et du réseau des boutiques de gestion. Quatre autres réseaux participent au financement des projets : l’ADIE, pour les micro-projets, les plateformes d’initiative locale, les PIL, pour les projets moyens, au niveau financier s’entend, le réseau entreprendre pour les gros projets, et la fondation France Active, pour les créations dans le domaine de l’économie sociale et solidaire. Deux autres réseaux existent enfin pour l’accueil des entreprises, ce sont les couveuses d’entreprises à l’essai, pour les entreprises pas encore créées mais qui exercent à l’intérieur d’une couveuse, et les pépinières d’entreprise, qui accueillent dans leurs locaux, et proposent des services annexes à la mise à disposition de locaux, pour les entreprises de moins de deux ans d’existence en général.

Quelle est la raison d’être des boutiques de gestion parmi l’ensemble de ces intervenants ?

Les boutiques de gestion sont les spécialistes du conseil en création d’entreprises. Nous sommes le réseau national le plus ancien sur ce point. Avant notre création, en 1979, rien de ce genre n’existait. Même les CCI et Chambres de Métiers, bien plus anciennes, ne se préoccupait que peu de l’aide à la création. L’entrepreneur en création ne recevait que les conseils de sa famille, ses amis, ses connaissances pour parfaire son projet. C’est Henri Le Marois qui met en place la première boutique de gestion, à Lille. Après le premier choc pétrolier, les travailleurs sociaux se sont vus confrontés à un afflux de demandeurs d’emplois pour lesquels il n’existait que peu de possibilités de retrouver un travail hormis la création de leur propre emploi. Là-dessus, l’initiative a plu à d’autres personnes, certains se sont reconnus dans l’idée lilloise, ce qui a permis de monter un réseau digne de ce nom qui s’est étoffé, en quantité et en qualité avec le temps.

Combien la France compte-t-elle de boutiques de gestion actuellement ?

366 lieux d’implantation emploient 700 salariés. Par nos 63 boutiques de gestion, nous sommes présents sur 72 départements, en métropole et en outre-mer, et toutes les régions, à l’exception notable de l’Alsace. En 2003, nous avons accueilli 55.000 porteurs d’un projet de création d’entreprise pour un entretien personnalisé. 30.000 d’entre eux ont été accompagnés ou formés par notre intermédiaire, sur ce nombre 9.000 ont créé concrètement leur activité.

Au-delà de ce réseau étoffé, qu’est-ce qui fait la singularité du réseau que vous présidez ?

Nous travaillons depuis le départ très en amont de la création. A cet effet, nous proposons à notre public, un module de créativité pour trouver une idée d’entreprise, de projet à monter. Des agents d’émergence composent nos équipes pour susciter des projets en menant des actions de sensibilisation à la création d’activité économique dans les mairies, les organismes de formation, les agences pour l’emploi…

Dans les lieux d’enseignements également ?

Les lycées, les écoles, les établissements d’enseignement supérieur font également partie des endroits dans lesquels nous pouvons intervenir. Nous constatons cependant que les programmes de l’Education nationale ne poussent pas réellement à aborder le thème de la création d’entreprise lors des différents cursus. Incitée par les collectivités, l’Education nationale commence cependant à mettre en place ce type d’actions, à sa manière… Un de nos objectifs est de développer ce lien avec les lieux de formation. Car notre idée force est l’accessibilité, la facilité d’accès à la création d’entreprise. C’est pourquoi nous avions choisi le terme de boutique. Il est certes connoté, choquant pour certains, mais il démontre bien notre idée de mettre à disposition les outils, les conseils pour pouvoir, éventuellement en fin de compte, monter son projet. Chez nous, c’est entrée libre. En ce sens, nous rompons avec la complexité du langage économique et managérial. Tous nos outils sont tournés vers l’utilisation de mots simples, compréhensibles, abordable par tous. Cette démarche de qualité et de proximité est concrétisée par la présence de professionnels de la création dans les boutiques et des bénévoles qui gèrent chacune des associations locales.

Dans le cadre des lois de décentralisation voulues par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, l’Etat se prépare à un désengagement partiel et progressif de ses responsabilités en matière de création d’entreprise. Quel peut en être l’impact pour votre réseau ?

Chaque année, nous sommes confrontés à cette recherche de financement afin que nous puissions fonctionner. Notre budget, au niveau global, s’établit tout de même à 24 millions d’euros. Nos ressources proviennent des contrats, avec obligation de résultats, que nous passons avec les collectivités locales. Et aussi avec l’Etat. Son désengagement entraîne une plus forte régionalisation de nos contacts. Pour les convaincre de débuter, continuer ou accroître nos liens, cela passe pour nous par une plus grande explication de nos méthodes. Certaines régions apparaissent très en avance sur ce point, à l’instar du Nord-Pas-de-Calais, du Midi-Pyrénées ou bien de la Bretagne entre autres. A terme également, les subventions de l’Union Européenne, qui représentent 10% de notre budget, soit 2,4 millions d’euros, vont se tarir vers 2007, pour se réorienter, très vraisemblablement, vers les nouveaux entrants. Dans cette optique, nous développons à un rythme soutenu notre réseau pour être, d’ici cette échéance de deux ans, présents dans tous les départements où nous ne le sommes pas encore.

De votre point de vue, le développement de l’initiative locale est préférable à la recherche d’implantations extérieures. Les exemples de récentes de délocalisation, les fermetures de Daewoo, STMicroelectronics, ne vous donnent pas tort…

Ce que nous voulons c’est vraiment cela : le développement endogène d’un territoire par l’initiative de ses habitants. Ce faisant, le créateur devient également maître de son destin, acteur de son avenir. Les boutiques de gestion n’interviennent pas dans l’assistance mais plutôt le transfert de compétences. Selon nous, l’autonomie de l’individu qui fonde son entreprise est fondamentale. L’initiative locale permet également l’enracinement des projets, et une adaptation plus rapide, par la création d’entreprises ex nihilo, aux évolutions des besoins de la population. Attention, l’idée de créer son entreprise n’empêche pas la lucidité. Le principe est que le projet puisse déboucher sur une activité pérenne. C’est essentiel. Mieux vaut abandonner un projet mal ficelé, ou une activité qui ne fonctionne pas que de s’entêter à tort.

Vous reprenez parfois cette image, presque une parabole si l’on se réfère à votre sacerdoce dans l’aide à la création d’entreprise et au degré de votre engagement, « on se forme pour conduire une voiture, on doit se former pour conduire une entreprise ».

Oui, on a plus de chance de réussir si au départ on est bien préparé, bien formé, et bien financé. Nos résultats prouvent que ce principe peut se révéler salvateur : nous évitons 20% d’échec par rapport aux entreprises fondées sans appel à nous. C’est un argument que nous cherchons à faire entendre aux collectivités : la quantité d’entreprises créées n’est pas tout, il faut aussi qu’elles survivent.

Votre public est constitué pour l’essentiel de demandeurs d’emplois, un quart de vos interventions sont destinées à des personnes au chômage depuis plus d’un an. Est-ce un désavantage pour eux ?

Bien souvent ces personnes ne disposent pas de moyens de vie suffisants. Ils peuvent néanmoins avoir un projet utile et nécessaire. Je dirais même que la période de chômage est l’occasion de réfléchir son projet de création : on dispose de temps pour le faire. Un luxe si l’on compare cette situation à celle des salariés, beaucoup moins disponibles. Ce hobby, cette passion, cette idée qui me passionne tant pourquoi ne se concrétiserait-elle pas par une création d’entreprise après tout ? Cette bonne idée, il faut l’étudier, vérifier sa faisabilité… Les couveuses d’activités à l’essai permettent cela.

Le chemin parcouru par les boutiques de gestion est grande, mais celui qui reste à parcourir l’est plus encore, quelles sont les orientations actuelles du réseau, en plus de l’extension du maillage géographique et le travail de sensibilisation auprès des collectivités locales, et notamment les conseils régionaux ?

En premier lieu, développer à la fois notre partenariat avec la Caisse des Dépôts et Consignations qui cherche à mettre en place un réseau d’agents d’émergence d’activité économique, ainsi que celui qui nous lie avec l’Union des Couveuses. Nous introduisons également dans nos outils d’accompagnement la notion de développement durable par la démocratie dans l’entreprise, le respect de la personne humaine, l’économie solidaire et sociale. C’est une volonté interne avant tout, mais nous chercherons également à la transmettre cela aux créateurs. Ensuite, développer le conseil et la formation à distance pour toutes les personnes qui, pour diverses raisons, ne peuvent se déplacer aussi souvent qu’elles le souhaiteraient au sein de nos antennes. Nos orientations 2005 portent également sur l’apport de services aux entreprises qui souhaitent développer l’essaimage d’activités, et accompagner le plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo qui visent la mise en place de 300 maisons de l’emploi en France, par création ou par labellisation de l’existant. Enfin, au niveau international, nous travaillons à reconstituer un réseau, européen dans un premier temps, d’opérateurs de la création d’entreprise.

A titre personnel, qu’est-ce qui vous pousse à vous investir autant. Vous présidez le réseau, ainsi que la boutique de gestion de Lille, 130 salariés, en sus de votre cabinet de conseil en développement économique, 17 salariés, la présidence de la couveuse d’entreprise du nord, 120 entrepreneurs accueillis…

Je suis une militante du développement local endogène. A mon stade, cela relève de la croyance. Je souhaite que des personnes puissent prendre leur avenir en main. Il me semble que cela permet un équilibre à la fois économique et politique, une meilleure répartition du pouvoir et de l’argent, l’harmonisation de nos territoires en France mais aussi en Europe. Un ensemble qui se doit d’être exemplaire pour le monde.

Propos recueillis par Mikaël Cabon

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